Rubrique : Europe / A La Une


Le : 01 Juin 2007

Le vote ethnique en Belgique

En réaction à notre article « Présidentielle 2007 : Le choc du vote ethnique », (http://www.polemia.com/contenu.php?cat_id=22&iddoc=1464) nous avons reçu d’un correspondant belge quelques réflexions sur la façon dont se comporte le vote ethnique en Belgique. On verra que, selon ce correspondant, ce problème se présente dans ce pays sous un jour très différent. En France, les « banlieues » ont choisi Royal et le PS tandis qu’en Belgique c’est l’inverse : ce sont les partis « traditionnels » qui ont choisi les « allochtones ». Les conséquences de cette démarche inverse sont forcément différentes.
Toutefois, même si en Belgique les mécanismes des partis et de leurs alliances sont très différents des nôtres, il nous a paru intéressant de soumettre cette analyse à nos internautes.
Polémia.

Le vote ethnique en Belgique
Quelques rappels concernant la politique belge, notamment pour ce qui est des partis politiques :

Il convient dès l’abord de rappeler que trois courants politiques sont apparus successivement en Belgique au XIXe siècle :
les catholiques (conservateurs) ;
puis les libéraux, opposés à la toute-puissance de l’Eglise (n’oublions pas que le prétexte de la Révolution de 1830 était l’opposition au calvinisme hollandais, ce qui conférait une sorte de légitimité politique à l’Eglise, dont elle profitait abondamment) ;
enfin, les socialistes.

Il y a eu, depuis, une quadruple évolution :

Depuis une vingtaine d’années, il n’y a plus de parti belge. Tous les partis se sont scindés. Chaque courant a constitué un parti dans chaque communauté linguistique. Ainsi, les catholiques ont créé le PSC francophone et le CVP, néerlandophone [NB : ces sigles ont disparu depuis], les libéraux, le PRL et le VLD, les socialistes, le PS et le SPa.

Ces partis ont évolué séparément, et les branches francophones et néerlandophones des différents courants se sont éloignées. Ainsi, l’exemple le plus frappant est le cas du courant « catholique ». Tandis que la branche flamande demeurait conservatrice et continuait de faire référence au christianisme (son nom actuel est CD&V, traduction : Parti chrétien démocrate et flamand), tout en s’alliant en cartel au NVA, petit parti nationaliste flamand indépendantiste, la branche francophone abandonnait toute référence au christianisme, lui préférant le mot « humaniste » (son nom actuel est CDH : « Centre démocrate humaniste ») et plaide pour l’unité de la Belgique.

Ensuite est apparu, dans les années 1990, un courant écologiste (« Ecolo » francophone et AGALEV, puis « Groen ! » néerlandophone). Ces partis, bien que gauchisants, s’allient alternativement avec tel ou tel autre parti (fût-il de « droite ») pour former des majorités de circonstance au sein d’une commune, d’une région, ou au fédéral.

Enfin, à la fin des années 1970 a commencé l’ascension d’un courant nationaliste flamand qui a pris une grande ampleur au début des années 1990 avec les succès électoraux du Vlaams Blok, devenu le Vlaams Belang. Le Vlaams Belang est aujourd’hui le second parti de Flandre après le CD&V/NVA, et même le premier si l’on ne tient compte que des voix purement CD&V (sans y ajouter celles du NVA).

Il convient de faire observer ici que, du côté francophone, il n’existe pas de parti indépendantiste important. Il n’y a que des groupuscules, indépendantistes, ou rattachistes (pour le rattachement de la Wallonie à la France) à l’impact électoral quasi nul. L’extrême droite y est « belgicaine ». De plus, les partis d’extrême droite francophone (Front national, FNB, Force nationale, etc.) sont très mal organisés, pas structurés, et vont de scission en scission pour des raisons de personnes. Les quelques succès électoraux du Front national ne sont dus qu’à la confusion soigneusement entretenue entre ce parti et celui de Le Pen (lequel vient de les assigner à Liège pour qu’ils cessent d’utiliser son logo et son nom).

Attitude vis-à-vis des allochtones

Le PS a très vite compris les avantages électoraux qu’il pourrait tirer d’une attitude conciliante envers les allochtones. De plus, là comme en France et ailleurs, les socialistes, dans leur vision marxiste des choses, ont, idéologiquement, remplacé le « prolétaire » (espèce en voie de disparition) par « l’émigré ». Le SPa, quant à lui, a adopté la même attitude mais d’une façon moins obsessionnelle, pour la raison qu’il y a moins d’allochtones en Flandre qu’en Wallonie, et, surtout, qu’à Bruxelles – ville et région que tient le PS et qu’il n’entend pas perdre.

Les autres partis n’ont pas immédiatement emprunté la même voie, bien au contraire ! Il existe des tracts et autres documents électoraux datant des années 1980/90 et émanant, notamment, des libéraux, qui, aujourd’hui, enverraient directement leurs auteurs au tribunal – voire en prison – pour racisme !

Une exception notable, toutefois : le bourgmestre libéral de Schaerbeek, Roger Nols, très antiflamand, a joué, dans les années 1980, la carte « allochtone » contre les Flamands de sa commune. Mais constatant que, par suite de sa prise de position, sa commune voyait entrer un nombre toujours grandissant d’allochtones – notamment Marocains, et surtout Turcs - il s’est rendu compte de son erreur et a totalement retourné sa veste dès le début des années 1990, allant même jusqu’à flirter avec l’extrême droite !

Peu à peu, devant l’ampleur de la vague migratoire, les partis émanant des courants d’origine, rejoints par les écologistes, se sont mis à courtiser à leur tour les allochtones.

Il faut ici tenir compte de deux facteurs qui ont accentué cette tendance.

Le communautarisme, d’abord. Il est davantage la conséquence des conditions sociologiques de l’habitat que d’une véritable volonté politique émanant tant des allochtones que des autorités belges. En effet, contrairement à ce qui se passe en France, où dans une même barre HLM on peut rencontrer des familles de 50 ou 60 nationalités différentes, dans les villes belges, notamment Bruxelles et Anvers, il y a des quartiers marocains où ne vivent pratiquement que des Marocains, des quartiers turcs où ne vivent majoritairement que des Turcs (et aussi des Kurdes, ce qui crée des tensions, parfois très violentes – comme récemment à Saint-Josse-ten-Noode), des quartiers purement africains (le fameux « Matonge » de la Porte de Namur, à Ixelles), etc. Prendre dans chacun de ces quartiers une personnalité connue ou représentative permet donc très aisément de faire le plein de voix dans ce quartier.

Les communautés musulmanes sont, de gré ou de force, passées sous la coupe des salafistes, bien que ceux-ci soient très minoritaires. Ils arrivent d’Arabie Saoudite ou de Jordanie, où ils ont été soigneusement formés, et disposent de fonds importants. Peu à peu, ils prennent la direction d’un quartier marocain et deviennent les interlocuteurs obligés des autorités légales. Ils « grignotent » fort habilement la résistance de ces dernières, profitent de leur naïveté et de leur ignorance, leur font miroiter des avantages électoraux, et, peu à peu, obtiennent piscines « sexes séparés », menus hallal dans les écoles, etc. C’est dans les mosquées – généralement contrôlées par les salafistes - que les consignes de vote sont données.

Ils se gardent de constituer des partis ouvertement salafistes. Il est plus payant pour eux de faire de l’entrisme dans les partis belges existants et de parvenir progressivement à les contrôler.

Il existe bien le « Parti des Jeunes Musulmans », créé et dirigé par le converti Jean François Adullah Bastin, mais ce parti, qui ne se présente que dans des quartiers presque exclusivement marocains, n’y fait pas de scores très importants (2 à 3% au mieux).

Pour ce qui est des Turcs, il s’agit d’une communauté très structurée par un idéal nationaliste très fort. Pour les Turcs, il existe trois « grandes causes nationales » : le refus de reconnaître le génocide arménien, l’extermination des Kurdes et la légitimité de l’occupation du nord de Chypre. En Turquie (et dans les communautés turques de la diaspora), il est infiniment plus grave de mettre en doute l’une de ces trois grandes causes nationales que de commettre un assassinat ou de trafiquer de la drogue. Tous les Turcs vouent un culte fanatique à leur drapeau. C’est la raison pour laquelle, dans les communes où la communauté turque est importante, les politiciens placent sur leurs listes des éléments qui ne sont pas toujours conciliables politiquement – voire dont les convictions sont aux antipodes de celles officiellement défendues par le parti belge dont ils portent les couleurs. On a vu, lors des dernières élections communales du 8 octobre dernier, la ministre de la Justice, Laurette Onkelinx, candidate à Schaerbeek, commune très « turquisée », mettre sur sa liste (socialiste) des candidats faisant allégeance aux Loups gris (le fait a été dénoncé mais vite étouffé) et tenir des propos fort embarrassés au sujet du génocide arménien (que son parti a pourtant reconnu comme tel il y a quelques années !) pour ne pas froisser ses électeurs potentiels. Certains, courageux ou naïfs, comme le jeune journaliste belgo-turc Koksal, s’étonnent que le PS (et les autres partis traditionnels) ait placé un « cordon sanitaire » autour de l’extrême droite belge (et notamment autour du Vlaams Belang) mais courtise avec complaisance des individus également d’extrême droite, souvent, d’ailleurs, beaucoup plus « marqués » en ce sens que bien des membres et sympathisants du VB mais qui présentent l’intérêt d’être turcs et de pouvoir faire sur leur nom (et leurs idées à eux !) le plein des voix turques.
Les Turcs, au contraire des Marocains, lisent volontiers la presse de leur pays d’origine. Une presse belge turcophone existe également.

Comme les ordres viennent de l’ambassade, tout est fait pour la flatter. D’où, de la part des politiciens belges unanimes, une prise de position enthousiaste en faveur de l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne.

Le chef de file et figure emblématique de la communauté turque à Bruxelles est le ministre bruxellois Emir Kir. Il a pris, il y a quelques années, la tête d’une manifestation pour contester le génocide arménien. Ce geste lui attire de nombreuses voix turques, à lui et, par voie de conséquence, à son parti, le PS. Emir Kir avait intenté un procès en diffamation à Koksal – ce jeune journaliste belgo-turc cité plus haut – qui l’avait traité dans son blog de « délinquant, menteur et négationniste » et il a perdu ce procès…

Enfin, il existe une sorte de « super-communautarisme ». On a tellement dit et répété aux allochtones qu’ils étaient des victimes, exploitées, méprisées, humiliées, que l’on est parvenu à créer une sorte de « super-communautarisme », réunissant toutes les communautés allochtones extra-européennes.  Un commerçant maghrébin laissera coller sur sa vitrine des affiches en faveur d’un candidat turc, voire d’origine africaine (bien que ce soit moins fréquent) et, réciproquement, on verra sur le magasin d’un boutiquier turc des affichettes appelant à voter pour un candidat maghrébin.

Toutefois, pour ce qui est des personnes d’origine africaine, c’est surtout dans les quartiers africains que l’on verra leur propagande. Les Africains, la plupart d’origine congolaise, chrétiens ou animistes (ou les deux !), se mêlent assez peu aux autres communautés à prédominance musulmane. Certains voteraient même pour le VB, pour qu’ « enfin les Marocains, qu’ils considèrent comme des trublions, soient renvoyés dans leur pays ». Certains vieux Marocains voteraient également VB (en Flandre) par écœurement face à l’attitude de leurs jeunes compatriotes des générations suivantes (voir l’ouvrage d’Hind Fraihi, « Undercover kleine Marokko ») (*).

Le PS – 26 élus au Parlement bruxellois dont 14 allochtones – est le grand gagnant de ce jeu, d’autant qu’il est parti le premier dans la chasse aux voix allochtones. Toutefois, depuis dix/quinze ans, les autres partis lui ont emboîté le pas. D’abord, pour les mêmes raisons électoralistes ; ensuite, en raison du système électoral belge et de ses conséquences.

En Belgique, le mode de scrutin est la proportionnelle. Sauf miracle, aucun parti ne peut donc prétendre à la majorité absolue. Les coalitions sont donc obligatoires. Souvent, elles sont décidées avant le scrutin, mais alors de manière secrète et, après le scrutin, il arrive que la construction s’effondre ! Ces coalitions se font toujours au cas par cas. Ainsi, après des élections communales, on verra, par exemple, dans telle commune, les libéraux et les « humanistes » s’allier tandis que le PS sera rejeté dans l’opposition, et dans telle autre commune voisine, les mêmes « humanistes » former une majorité avec le PS et Ecolo, tandis que ce sont les libéraux qui joueront le rôle de l’opposant de service ! Dans ces conditions, il est bien évident que les partis sont contraints à un certain mimétisme. Les partis émanant des quatre courants indiqués ci-dessus peuvent avoir des discours différents mais non divergents. Ils doivent, en effet, s’en tenir au « politiquement correct » qui constitue, en quelque sorte, leur plus petit commun dénominateur. Toutefois, la politique que les uns et les autres pratiquent une fois au pouvoir ne se distingue guère. Celle menée par une coalition ne diffère guère de celle qui serait le fait d’une autre coalition.

Par conséquent, le PS – prédominant chez les francophones – ayant une politique favorable aux allochtones, les autres partis ne peuvent adopter des positions contraires, sous peine de s’exclure de facto de toute coalition. En écho, pourrait-on dire, la situation est la même en Flandre. Le PS très puissant en Wallonie est pour cela incontournable au fédéral. La situation ressemble à un jeu de dominos : aucun ne doit tomber, sous peine de faire s’effondrer tout l’édifice. Et, comme le PS a placé le train politique belge – chaque parti traditionnel étant un wagon – sur les rails de « l’allochtonophilie », cette attitude ne peut être modifiée – ou tout le train déraille… De ce fait le rapport de forces s’est sournoisement inversé : les partis traditionnels ont cherché initialement à profiter des allochtones, mais ce sont les allochtones qui aujourd’hui tiennent lesdits partis traditionnels qui ne peuvent plus se passer d’eux.

En France, les allochtones ont massivement choisi Royal et le parti socialiste ; en Belgique, c’est l’inverse : ce sont les partis traditionnels, menés par le PS, qui ont choisi les allochtones. Cela confère donc à ces derniers une puissance injustifiée, au moins numériquement et, sans doute, politiquement.

Ils le savent fort bien. La meilleure preuve, c’est l’affichage. Sur les vitrines des boutiques allochtones, on peut voir des affichettes, souvent nombreuses,  appelant à voter pour tels ou tels candidats. Quel est le point commun entre toutes ces affiches ? Le parti politique ? Non ! Il y en a de tous les partis (traditionnels) sur une même vitrine. Leur seul point commun est l’origine ethnique de ceux et celles dont elles vantent les mérites. Seul l’ethnicisme est cohérent.

Le phénomène du vote ethnique doit donc s’analyser d’une façon diamétralement différente d’un côté et de l’autre du Quiévrain. Les conséquences n’en sont pas du tout les mêmes.

A ce propos, il faut observer que les politiciens traditionnels belges ont fait preuve d’une grande naïveté en s’imaginant que les allochtones accepteraient indéfiniment de jouer le rôle d’apporteurs de voix aux partis traditionnels afin de permettre aux apparatchiks desdits partis de se maintenir en place pour continuer de bénéficier des avantages des fonctions et de se partager le gâteau, sans jamais en revendiquer un morceau. Après les dernières élections communales d’octobre dernier, un ex-échevin (Ecolo) de Schaerbeek qui venait d’être battu, constatant que son poste avait échu à un allochtone, ne put cacher son amertume ; il déclara ne pas regretter d’avoir toujours été du côté des allochtones, d’avoir voté en faveur de l’octroi du droit de vote aux étrangers extra-européens, etc., etc., mais il mit en garde ses ex-collègues contre le danger représenté par une présence exagérée d’allochtones sur les listes, élus plus facilement que les autres candidats en raison de l’effet communautaire. En effet, selon lui, cela pourrait conduire à l’attribution de tous les postes clefs à des nouveaux venus allochtones au détriment de la classe politique traditionnelle.

Les apprentis sorciers, frappés au cœur, c’est-à-dire du côté du portefeuille, commenceraient-ils à devenir lucides ? Hélas ! Il est peut-être trop tard…

Christian Marot
Rédacteur en chef de « Vérités bruxelloises »
Polémia
26/05/07

Note :
(*)     Hind Fraihi est une jeune journaliste belge flamande d’origine marocaine qui a passé deux mois à Molenbeek, incognito, en se faisant passer pour étudiante en sociologie. Elle voulait, à l’origine, montrer que tout ce qui était raconté sur cette commune bruxelloise était exagéré. Elle en est revenue retournée, disant que c’était l’inverse : la réalité allait au-delà de ce que l’on imaginait. Elle qualifie cette commune « d’enclave islamique », où les rôles sont inversés, où, selon elle, ce sont les autochtones qui y font figure d’étrangers. Son reportage, saisissant, a paru dans les journaux flamands « Het Volk » et « Het Nieuwsblad ». Elle en a fait un livre (en néerlandais) paru sous le titre « Undercover kleine Marokko » (En sous-marin dans le petit Maroc),  puis traduit en français sous le titre « Infiltrée ».

Christian Marot

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