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Le : 03 Juillet 2009

Êtes-vous prêt à la guerre contre l'Iran diabolisé ?

L’article présenté ci-après, sous la signature de Paul Craig Roberts, le commentateur politique américain bien connu, reste toujours d’actualité et apporte des éclairages qu’on ne trouve ni peu ni prou dans la presse française.

Il paraît nécessaire de rappeler certains faits tant la désinformation politique et médiatique persévère – même si la virulence des premiers jours s’atténue. La situation demeure confuse et il n’est pas facile de se faire une opinion en toute objectivité. C’est pourquoi Polémia présente certains contre-feux allumés par des personnalités américaines elles-mêmes, qu’il est nécessaire de connaître pour apprécier au mieux la volonté évidente des Anglo-Américains de retrouver leur hégémonie sur cette région du Moyen-Orient. L’Irak, ce n’est pas gagné et l’Iran, qu’en adviendra-t-il ? Ne pas oublier que cette analyse est signée d’une personnalité politique américaine qui connaît bien les mécanismes de son exécutif.

Polémia




Quel degré d'attention obtiennent les élections au Japon, en Inde, en Argentine, ou dans tout autre pays, de la part des médias étasuniens ? Combien de journalistes et de gens savent même qui est au pouvoir dans les autres pays, hormis en Angleterre, en France et en Allemagne ? Qui peut nommer les dirigeants politiques de Suisse, de Hollande, du Brésil, du Japon, ou même de Chine ?

Pourtant, beaucoup connaissent Ahmadinejad, le Président de l'Iran. La raison en est évidente. Il est quotidiennement diabolisé dans les médias étasuniens.

La diabolisation médiatique d'Ahmadinejad, elle-même, témoigne de l'ignorance étasunienne. Le Président de l'Iran n'est pas le dirigeant. Ce n'est pas le commandant en chef des forces armées. Il ne peut déterminer les politiques au-delà de limites fixées par les dirigeants de l'Iran, les Ayatollahs, qui ne sont pas disposés à voir la Révolution Iranienne renversée par l'argent étasunien dans une quelconque « révolution » colorée.

Les Iraniens ont une triste expérience du gouvernement des États-Unis. Leur première élection démocratique, après s’être sortis d’un état d’occupation et de colonisation, dans les années 1950, a été annulée par le gouvernement étasunien, qui a installé à la place du candidat élu un dictateur qui a torturé et tué les dissidents qui pensaient que l'Iran devrait être un pays indépendant et non pas dirigé par une marionnette étasunienne.

La « superpuissance » étasunienne n'a jamais pardonné la Révolution Iranienne aux Ayatollahs de l’Iran islamique, à la fin des années 70, qui renversa le gouvernement fantoche et prit en otage le personnel de l'ambassade étasunienne, considérée comme « un nid d'espions, » pendant que les étudiants iraniens recollaient les morceaux des documents déchiquetés de l’ambassade, qui prouvaient la complicité des États-Unis dans la destruction de la démocratie iranienne.

La corporation médiatique contrôlée par le régime étasunien, ou ministère de la Propagande, a répondu à la ré-élection d'Ahmadinejad par des reportages non-stop d’Iraniens violents protestant contre le vol de l’élection. Le vol de l'élection est présenté comme un fait, même s’il n’existe aucune preuve. En réponse aux vols certifiés des élections durant l’ère George W. Bush/Karl Rove, les médias étasuniens n’ont tenu aucun compte des preuves bien documentées de la réalité de ces vols.

Les dirigeants des États fantoches des États-Unis, la Grande-Bretagne, l'Allemagne [et la France, ndt], se sont conformés à l’opération de guerre psychologique. Le ministre britannique des Affaires Étrangères, le discrédité David Miliband, a exprimé de sérieux doutes (1) envers la victoire d'Ahmadinejad, lors d’une réunion des ministres de l'Union Européenne au Luxembourg. Miliband n'a bien sûr aucune source d'information indépendante. Il suit tout simplement les instructions de Washington, et compte sur les allégations non étayées du candidat défait, le préféré du gouvernement étasunien.

Angela Merkel, la Chancelière d'Allemagne, est aussi allée au charbon. Elle a appelé l'ambassadeur iranien pour demande « plus de transparence » sur les élections.

Même la gauche étasunienne a endossé la propagande du régime. Écrivant dans The Nation, Robert Dreyfuss présente les vues hystériques d’un dissident iranien (2) comme si c’était la vérité faisant autorité sur « l'élection illégitime, » qualifiant cela de « coup d'État. »

Quelle est la source d'information des médias étasuniens et des États fantoches des États-Unis ?

Rien que les affirmations du candidat défait, du préféré des États-Unis.

Il y a pourtant de solides preuves du contraire. Un sondage indépendant et objectif a été effectué en Iran par des enquêteurs étasuniens avant les élections. Les sondeurs, Ken Ballen, du Center for Public Opinion à but non lucratif, et Patrick Doherty, de la New America Foundation à but non lucratif, ont décrit les résultats de leur sondage dans le Washington Post du 15 juin. Le sondage, financé par le Rockefeller Brothers Fund et effectué en farsi « par une société de sondage qui travaille dans la région pour ABC News et la BBC, a reçu un trophée Emmy». (3)


Les résultats du sondage, la seule véritable information que nous ayons en ce moment, indiquent que le résultat de l’élection reflète la volonté des électeurs iraniens. Parmi les informations extrêmement intéressantes révélées par ce sondage, on trouve celles-ci :

Beaucoup d'experts affirment que la marge de victoire du président sortant Mahmoud Ahmadinejad résulte de fraudes ou de manipulations, mais notre enquête d'opinion publique nationale sur les Iraniens, trois semaines avant le vote, montrait qu’Ahmadinejad menait avec une marge de plus de 2 contre 1, un écart plus grand que celui de sa victoire effective apparente dans l'élection de vendredi.

      Alors que les reportages occidentaux, en provenance de Téhéran dans les jours précédant le vote, montraient un public iranien enthousiaste au sujet du principal adversaire de Ahmadinejad, Mir Hossein Mousavi, nos échantillonnages scientifiques dans l'ensemble des 30 provinces de l'Iran montraient Ahmadinejad bien en tête.

      L'ampleur du soutien à Ahmadinejad est apparue dans notre sondage pré-électoral. Au cours de la campagne, par exemple, Mousavi soulignait ses origines Azéris, le deuxième plus grand groupe ethnique en Iran après les Perses, pour courtiser les électeurs azéris. Notre sondage indiquait pourtant que les Azéris favorisaient Ahmadinejad à 2 contre 1 pour Mousavi.

      Beaucoup de commentaires décrivaient la jeunesse iranienne et Internet en porteurs du changement dans cette élection. Pourtant, notre sondage révélait qu’à peine un tiers des Iraniens ont accès à Internet, tandis que les 18 à 24 ans forment le bloc le plus fort de tous les groupes d'âge des votants en faveur de Ahmadinejad.

      Les seuls groupes démographiques dans lesquels notre étude a trouvé Mousavi en tête ou en concurrence avec Ahmadinejad, étaient les étudiants et les diplômés, et les plus hauts revenus Iraniens. Quand notre sondage a été réalisé, près d'un tiers des Iraniens étaient toujours indécis. Pourtant, la distributions des résultats que nous avons trouvée à ce moment reflète les résultats déclarés par les autorités iraniennes, montrant la possibilité que le vote n'est pas le produit d’une fraude généralisée.

Il y a eu de nombreuses nouvelles rapportant que le gouvernement étasunien a mis en œuvre un programme visant à déstabiliser l'Iran. Il a été signalé que le gouvernement étasunien a financé des attentats à la bombe et des assassinats au sein de l'Iran. La presse étasunienne traite ces articles de vantardises, pour illustrer la capacité de la superpuissance étasunienne à faire rentrer dans les rangs les pays dissidents, tandis que certains médias étrangers voient ces rapports comme la preuve de l'immoralité intrinsèque du régime étasunien.

Lundi 15 juin, l'ancien chef militaire du Pakistan, le général Mirza Aslam Beig, a déclaré sur Pasto Radio (4) que des renseignements incontestables prouvent que les Etats-Unis interfèrent dans les élections iraniennes. « Des documents montrent que la CIA a passé 400 millions de dollars en Iran pour soutenir une révolution colorée, mais creuse, après les élections. »

Les réussites du régime étasunien dans le financement des révolutions colorées dans l’ancienne Union Soviétique, en Géorgie et en Ukraine, et dans d'autres parties de l'ancien empire soviétique, ont été largement rapportées et discutées, avec les médias étasuniens les traitant comme une indication de la toute-puissance étasunienne et de leur droit naturel, et quelques médias étrangers les voyant comme un signe d'ingérence étasunienne dans les affaires intérieures des autres pays. C'est certainement dans le domaine du possible que Mir Hossein Mousavi soit un agent secret, acheté et payé par le régime étasunien.

Nous savons que le gouvernement étasunien mène des opérations de guerre psychologique qui visent à la fois les Étasuniens et les étrangers à travers les médias étasuniens et étrangers. Beaucoup d'articles ont été publiés à ce sujet.

Pensez à l'élection iranienne d’un point de vue réaliste. Ni moi, ni la grande majorité des lecteurs ne sommes des experts sur l’Iran. Mais du point de vue du bon sens, si votre pays était sous la menace constante d'une attaque, même une attaque nucléaire, de la part de pays beaucoup plus puissants, dotés d’institutions militaires, comme l'est l'Iran de la part des États-Unis et d’Israël, abandonneriez-vous le meilleur défenseur de votre pays et éliriez-vous le candidat préféré des États-Unis et d’Israël ?

Croyez-vous que le peuple iranien aurait voté pour devenir un État fantoche des États-Unis ?

L'Iran est une civilisation ancienne et sophistiquée. Une grande partie de la classe intellectuelle est laïcisée. Un pourcentage significatif, mais petit, de jeunes est tombé dans l’esclavage occidental de la promiscuité sexuelle, du plaisir personnel, et de l’égocentrisme. Ces gens-là sont faciles à organiser avec l’argent étasunien, de manière à embarrasser le gouvernement et les Islamistes avec leur comportement personnel débauché.

Le régime des États-Unis profite de ces Iraniens occidentalisés pour créer une base qui discrédite l'élection et le gouvernement iranien.

Le 14 juin, McClatchy Washington Bureau, qui tente parfois de rapporter les véritables informations, acquiesçant à la guerre psychologique de Washington, a déclaré : « Le résultat des élections en Iran rend plus difficiles les efforts de Obama. » (5) Ce que nous voyons ici, c’est la levée de la tête hideuse de l’excuse de l’« échec diplomatique, » ne laissant que la solution militaire.

En tant que personne ayant tout vu de l'intérieur du gouvernement des États-Unis, je crois que l’objectif de la manipulation de ses États fantoches et des médias est de discréditer le gouvernement iranien, de le décrire en oppresseur du peuple iranien et en voleur de sa volonté. C’est la manière du régime étasunien pour monter une attaque militaire contre l’Iran.

Avec l'aide de Mousavi, le gouvernement étasunien est en train de créer un autre « peuple opprimé, » comme les Irakiens sous Saddam Hussein, qui a besoin du sang et des finances étasuniens pour le libérer. Mousavi, le candidat étasunien qui a été carrément battu à plate couture dans l’élection iranienne, aurait-il été choisi par Washington pour devenir son dirigeant fantoche de l'Iran ?

La grande superpuissance macho est désireuse de rétablir son hégémonie sur le peuple iranien, réglant ainsi ses comptes avec les Ayatollahs qui ont renversé le gouvernement étasunien de l'Iran en 1978.

C'est le scénario. Vous observez cela à chaque minute à la télévision étasunienne.

Les « experts » n’ont aucune borne pour appuyer ce scénario. Pour citer un exemple parmi des centaines, nous avons Gary Sick, le bien nommé, qui siégeait auparavant au Conseil National de Sécurité et enseigne actuellement à l'Université de Columbia (6) :

      « S’ils avaient été un peu plus modestes et avait dit que Ahmadinejad a gagné par 51 pour cent, » a déclaré Sick, les Iraniens auraient pu être indécis, mais davantage l’auraient accepté. Mais l’affirmation du gouvernement, selon laquelle Ahmadinejad a gagné avec 62,6 pour cent des voix, « n'est pas crédible. »

      « Je pense, » a poursuivi Sick, « qu’il marque un véritable point de transition dans la Révolution Iranienne, d'une position de revendication de légitimité basée sur le soutien de la population, à une position qui compte de plus en plus sur la répression. La voix du peuple est ignorée. »

La seule information solide disponible, c’est le sondage mentionné ci-dessus. Il révèle qu’Ahmadinejad était le candidat favori, avec une marge de deux contre un.

Mais, comme tout ce qui touche à l'hégémonie étasunienne sur les autres peuples, les faits et la vérité ne jouent aucun rôle. Le mensonge et la propagande règnent.

Dévorés par leur passion envers l'hégémonie, les États-Unis sont poussés à dominer les autres, la moralité et la justice sont damnées. Menaçant le monde, ce scénario jouera jusqu'à ce que les États-Unis eux-mêmes soient ruinés et aliénés du reste du monde, isolés et méprisés universellement.

Paul Craig Roberts
vdare.com/roberts/090616_war.htm
16/06/2009

Correspondance Polémia
03/07/2009

Titre original : Are You Ready For War With Demonized Iran?

Traduction libre de Pétrus Lombard pour Alter Info
http://www.alterinfo.net/Etes-vous-pret-a-la-guerre-contre-l-Iran-diabolise_a33454.html

Paul Craig Roberts fut Secrétaire Adjoint au Trésor dans l'administration Reagan.




Notes de Polémia :

(1) UK has 'serious doubt' about Iran poll results http://www.presstv.ir/detail.aspx?id=98188&sectionid=351020601

(2) Iran's Ex-Foreign Minister Yazdi: It's A Coup
http://www.thenation.com/blogs/dreyfuss/443348

(3) The Iranian People Speak
http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/content/article/2009/06/14/AR2009061401757.html?nav=rss_opinion/columns
Elections en Iran ; Et si Amadinejad avait vraiment gagné ?
http://www.polemia.com/article.php?id=2229

(4) Pakistan general: US interfering in Iran affairs
http://www.presstv.ir/detail.aspx?id=98200&sectionid=351020401

(5) Iran election result makes Obama's outreach efforts harder
http://www.mcclatchydc.com/homepage/story/70020.html

(6) Professor Gary Sick is a senior research scholar at SIPA's Middle East Institute, and an adjunct professor of international affairs at SIPA.
http://www.sipa.columbia.edu/academics/directory/ggs2-fac.html
 

Paul Craig Roberts

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