Rubrique : Economie / A La Une


Le : 10 Février 2010

Le pouvoir financier au coeur de la crise de 2008 : Les analyses prophétiques de Maurice Allais

Avec l’aimable autorisation de Philippe Bourcier de Carbon, démographe et statisticien, chargé de recherches à l’INED, Polémia présente sur son site le texte de la conférence qu’il a prononcée le 18 octobre 2009, dans le cadre du colloque des 17-18 octobre 2009 du Club de l'Horloge, consacré au thème La responsabilité de la SCM (Superclasse mondiale).

On trouvera, en préambule, une présentation rédigée par l’auteur lui-même incitant le lecteur à se rendre à l’adresse PDF, indiquée en fin d’article.

Polémia

Le pouvoir financier au cœur de la crise de 2008 : Les analyses prophétiques de Maurice Allais

 

PRESENTATION - RESUME

Selon George Soros, à la fois célèbre praticien professionnel des Hedge Funds ou Fonds d’Arbitrage et observateur qualifié du petit monde des principaux acteurs de la spéculation financière sur les places internationales, « le début de la crise financière actuelle peut être daté officiellement d’août 2007 », ainsi qu’il le déclare en introduisant la brève rétrospective chronologique des faits financiers significatifs par laquelle il ouvre son dernier ouvrage La vérité sur la crise financière. Et de fait, quinze jours après la parution de son livre, le monde était frappé de stupeur et de panique devant la faillite déclarée le 15 septembre 2008, de la Banque Lehman Brothers, l’un des principaux acteurs opérant sur les marchés financiers spéculatifs internationaux.

Cependant, le français Maurice Allais – seul économiste français à avoir été distingué par le Prix Nobel de Sciences économiques – dont la pensée avait révolutionné au cours des cinq dernières décennies la théorie de l’intérêt et de la dynamique monétaire (2) avait depuis longtemps dénoncé l’instabilité structurelle du système monétaire et financier international, et démontré l’inéluctabilité de son effondrement systémique.

Devant la montée de la mondialisation et surtout de la dérégulation - que Maurice Allais dénonce sous le terme de la chienlit laisser-fairiste – mondialisation et dérégulation conduites et accélérées depuis les années 80 par les principaux pays occidentaux, sous l’effet de l’action tenace et universelle des groupes de pression, anglo-saxons en particulier, sur les gouvernements occidentaux et les institutions internationales, en même temps que justifiées par l’essor de sophismes économiques promus au rang de véritables « dogmes » imposés désormais par l’instauration d’une véritable  c’est surtout dans les années 90 que le Prix Nobel français, sera de plus en plus amené à tenter de dénoncer publiquement  les dangers croissants de cette dérive létale, de nature à remettre désormais en cause les fondements mêmes de l’économie de marchés et du bien être collectif occidental, voire même de l’exercice de la démocratie, et cela au profit d’une infime minorité de groupes internationaux.

Dans le même temps, il énonçait – après les avoir démontrés et après avoir répondu aux principales objections – les principes d’une réforme structurelle du système du crédit, du système financier et monétaire international, et du système des échanges commerciaux internationaux, seuls à même, d’interdire la réapparition d’une crise systémique semblable à celle qui menace à présent la prospérité et la liberté dans nos société et dans le monde.

Mais précisément, c’est depuis ces dernière publications de 1999, c'est-à-dire depuis dix ans, que Maurice Allais, pourtant seul Prix Nobel d’économie français, est, dans les faits, l’objet – en France en particulier – d’un véritable ostracisme objectif de la part des grands medias, aucun de ses livres n’ayant en particulier fait nulle part l’objet d’un quelconque compte-rendu.

La raison de cet état de fait surprenant, ne peut être autre, que l’énoncé clair des principes simples des réformes qu’il propose du système actuel du crédit, qui - en retirant aux particuliers et aux banques privées toute possibilité de création monétaire ex-nihilo – priveraient l’infime minorité de groupes privés internationaux qui en bénéficient actuellement, de la source même de l’immense influence et du pouvoir, croissant avec la mondialisation, qu’ils exercent aujourd’hui sur les gouvernements légitimes et responsables, comme sur les institutions internationales.

Son diagnostic peut en effet se résumer ainsi (citation, cf note 5-3) : Le système actuel du crédit, dont l’origine historique a été tout à fait contingente, apparaît comme tout-à-fait irrationnel, et cela pour huit raisons :

  1. – la création (ou la destruction) irresponsable de monnaie et de pouvoir d’achat par les décisions des banques et des particuliers
  2. – le financement d’investissements à long terme par des fonds empruntés à court terme
  3. – la confusion de l’épargne et de la monnaie
  4. – la très grande sensibilité du mécanisme du crédit actuel à la situation conjoncturelle
  5. –l’instabilité foncière qu’il engendre
  6. – l’altération des conditions d’une efficacité maximale de l’économie
  7. – l’altération de la distribution des revenus
  8. – et enfin l’impossibilité de tout contrôle efficace du système du crédit par l’opinion publique et le Parlement, en raison de son extraordinaire complexité.

Au regard d’une expérience d’au moins deux siècles quant aux désordres de toutes sortes et à la succession sans cesse constatée des périodes d’expansion et de récession, on doit considérer que les deux facteurs majeurs qui les ont considérables amplifiées sinon suscitées, sont :

  1. – la création de monnaie et de pouvoir d’achat ex nihilo par le mécanisme du crédit.
  2. – le financement d’investissements à long terme par des fonds empruntés à court terme.

Il pourrait cependant être aisément remédié à ces deux facteurs par une réforme d’ensemble qui permettrait, sinon de mettre fin aux fluctuations conjoncturelles, tout au moins d’en réduire très considérablement l’ampleur.

Cette réforme doit s’appuyer sur les deux principes tout à fait fondamentaux :

  1. – La création monétaire doit relever de l’Etat et de l’Etat seul. Toute création monétaire autre que la monnaie de base par la Banque Centrale doit être rendue impossible, de manière que disparaissent les « faux droits » résultant actuellement de la création monétaire bancaire.
  2. – Tout financement d’investissement à un terme donné doit être assuré par des emprunts à des termes plus longs, ou tout au moins de même terme.

Les principes de la réforme du système du Crédit que propose Maurice Allais peuvent donc se résumer comme suit (citation, cf. note 5-3) :

Cette double condition implique une modification profonde des structures bancaires et financières reposant sur la dissociation totale des activités bancaires telles qu’elles se constatent aujourd’hui, et leur attribution selon trois catégories d’établissements distincts et indépendants :

  1. – des banques de dépôt assurant seulement, à l’exclusion de toute opération de prêt, les encaissements et les paiements, et la garde des dépôts de leurs clients, les frais correspondants étant facturés à ces derniers, et les comptes des clients ne pouvant comporter aucun découvert ;
  2. – des banques de prêt empruntant à des termes donnés et prêtant les fonds empruntés à des termes plus courts, le montant global des prêts ne pouvant excéder le montant global des fonds empruntés.
  3. – des banques d’affaires empruntant directement auprès du public, ou aux banques de prêt et investissant les fonds empruntés dans les entreprises

Dans son principe, une telle réforme rendrait impossible la création monétaire et de pouvoir d’achat ex nihilo par le système bancaire, ainsi que l’emprunt à court terme pour financer des prêts de terme plus long. Elle ne permettrait que des prêts de maturité plus courte que celle correspondant aux fonds empruntés.

Les banques de prêt et les banques d’affaire serviraient d’intermédiaires entre les épargnants et les emprunteurs. Elles seraient soumises à une obligation impérative : emprunter à long terme pour prêter à plus court terme, à l’inverse de ce qui se passe aujourd’hui.

Une telle organisation du système bancaire et financier permettrait la réalisation simultanée de six conditions tout à fait fondamentales :

  1. – l’impossibilité de toute création monétaire et de pouvoir d’achat en dehors de celle de la monnaie de base par les autorités monétaires ;
  2. – la suppression de tout déséquilibre potentiel résultant du financement d’investissements à long terme à partir d’emprunts à court ou à moyen terme ;
  3. – l’expansion de la masse monétaire globale, constituée uniquement par la monnaie de base, au taux souhaité par les autorités monétaires ;
  4. – une réduction majeure, sinon totale, de l’amplitude des fluctuations conjoncturelles ;
  5. – l’attribution à l’Etat, c'est-à-dire à la collectivité, des gains provenant de la création monétaire, et l’allégement en conséquence des impôts actuels ;
  6. – un contrôle aisé par l’opinion publique et par le Parlement de la création monétaire et de ses implications.

Cette réforme apparaît comme une condition nécessaire de survie d’une économie décentralisée et de son efficacité.

On doit même reconnaître dans le constat de cet ostracisme médiatique surprenant sinon indécent, dont Maurice Allais fait l’objet depuis dix ans, une illustration et une confirmation factuelle et ironique de la pertinence de ses analyses, comme de ses dernières dénonciations et de ses propositions de réforme.

Et a contrario, depuis l’élection le 4 novembre 2008 du nouveau Président Barack Hussein Obama, 44è et Premier Président Afro-Américain de l’histoire des Etats-Unis, la visibilité troublante aux postes clés du nouveau gouvernement américain des cadres dirigeants de Goldman Sachs la rivale de la défunte banque Lehman Brothers sur les marchés financiers internationaux, ne peut qu’apporter une confirmation spectaculaire aux dénonciations de la part de Maurice Allais, de l’immense pouvoir que des groupes et établissement financiers privés peuvent tirer de leur faculté actuelle de création monétaire ex nihilo, et de l’influence déterminante que ce pouvoir leur permet d’exercer désormais ostensiblement et directement sur les responsables légitimes des pouvoirs politiques (et médiatiques) des démocraties occidentales.

Philippe Bourcier de Carbon

22/01/2010

Texte de la conférence : http://www.polemia.com/pdf/PBC-CONFERENCEALLAIS.pdf

Correspondance Polémia 09/02/2010

Image: Maurice Allais

 

Philippe Bourcier de Carbon

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