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Le : 24 Avril 2010

« Orientations rebelles » - Par Georges Feltin-Tracol

L’auteur de ce livre est rédacteur en chef du site de réflexion métapolitique « Europe maxima » et collabore à diverses revues dont Eléments, Krisis, L’Unité normande, etc. L’ouvrage est un recueil de textes écrits pour la plupart au cours de la dernière décennie et organisés autour de cinq grands axes.

Le premier, « Mises au point », permet à Georges Feltin-Tracol d’interpréter les notions de « droite » et de « gauche », de tracer une « esquisse topographique des droites en France » qui l’amène à prendre acte de leur diversité et de leurs incompatibilités, enfin, tout en s’affirmant proche de la Nouvelle Droite, de juger obsolète et surtout dépourvue de sens cette étiquette « politicienne ». Au nom d’une pensée alternative et radicale, il estime, comme l’écrivait Jean Chesneaux (De la modernité, 1983) qu’il faut « agir à contre-courant, aider les esprits à s’éveiller, consolider des noyaux de dissidence ». Autre « mise au point » très ferme, celle intitulée « L’Occident, voilà l’ennemi ! » dans laquelle il affirme qu’il faut savoir « dissocier l’Europe de l’Occident », celui-ci se caractérisant essentiellement par l’idéologie libérale-capitaliste et la religion des droits de l’homme. A cet Occident américanomorphe il oppose « un nouvel imperium identitaire historial européen ».

Le second axe, intitulé « Révolte contre la société globale », voit notamment l’auteur s’inscrire dans la perspective des « non-conformistes des années 1930 », à partir de la réédition du livre de Robert Aron et Arnaud Dandieu Le Cancer américain (L’Age d’Homme, 2008) qui appelle au réveil et à la « révolution spirituelle » de l’Europe face à l’américanisation du monde. Une des métastases récentes de ce « cancer américain » est le « multiculturalisme » que ses adeptes définissent comme la coexistence harmonieuse au sein d’une société développée de cultures d’origines diverses, mais qui permet surtout d’euphémiser des épithètes plus « incorrectes » comme « multiethnique » ou « multiraciale ». Pour mieux défendre le multiculturalisme, ses partisans dénoncent le « communautarisme », ce qui, note Feltin-Tracol, « relève de l’imposture ». Face à l’Occident multiculturel il prône une « Europe polyculturelle et ethniquement homogène », contre la « mondialisation marchande et cosmopolite » il plaide pour le principe de subsidiarité et la « démocratie des petits espaces » chère à Soljénitsyne.

« Orientations géopolitiques » est le troisième axe du livre et l’occasion, dans un article « Sur les lignes de fracture », de rendre hommage à l’ancien ministre des Affaires étrangères Michel Jobert qui ne cessa de dénoncer les suppôts du « règne planétaire du profit » et qui se prononça pour la restauration de « la préférence communautaire aux frontières de l’Union européenne ».

Sous le titre provocateur, « Etats du monde entier, possédez la bombe ! », un chapitre est consacré à la question de la dissémination nucléaire et, en particulier, à la volonté de pays comme l’Iran de se doter d’un armement atomique de dissuasion, ce que Feltin-Tracol considère, dans une perspective gaullienne, comme « un gage de paix ».

Plus spécifiquement géopolitique est le chapitre intitulé « La reconfiguration du monde en “grands espaces” ». Ce concept (Grossraum), naguère théorisé par Karl Haushofer et Carl Schmitt, a été défini par Julien Freund comme « un bloc, c'est-à-dire une grandeur politique dont l’influence s’étend au-delà des limites d’un Etat, plus particulièrement sur les pays environnants ». A l’ordre géopolitique (« le nomos de la terre », selon C. Schmitt) qui reposait sur la souveraineté des Etats s’est substitué un nouvel ordre fondé sur de grands espaces dont la vocation est de « donner une forme particulière, d’ordonner des ensembles géographiques, culturels et démographiques déterminés ». D’où la quête d’un grand espace européen, d’une « Europe impériale », fédéraliste, polyculturelle, économiquement autosuffisante et organique.

Les idées ne valent que si elles sont incarnées, c’est pourquoi l’avant-dernière partie de ces « orientations rebelles » est consacrée aux « Figures » de Georges Darien, l’auteur des Pharisiens et du Voleur, de Thierry Maulnier qui comprit et prit part au combat culturel de la Nouvelle Droite, de Charles de Gaulle « devenu incompréhensible et inaudible au plus grand nombre », enfin de Jean Mabire, ce grand « éveilleur » et « précurseur » auquel est rendu un vibrant hommage.

Le dernier axe du livre, et il est capital, affiche le titre ambitieux de « Reconquête ». Celle-ci passe notamment par le « recours aux frontières », impératif catégorique « au nom de l’écologie des cultures et de la variété immarcescible des peuples encore vivants », mais aussi par une écologie qui sera « conservatrice, identitaire et païenne » au sens d’une « relation intime de l’être humain au sol et à son mystère » (Paul Sérant).

Cet ouvrage, qui est le fruit d’un inlassable et lucide militantisme métapolitique, s’achève sur un appel à l’insumisioa, mot basque pour « insoumission » emprunté à l’écrivain Christian Laborde. Insumisioa, écrit ce dernier, c’est « l’archaïque cri d’une Europe à naître ». C’est aussi le mot d’ordre de tous ceux qui n’hésitent pas « à rester seul au milieu de tous, à penser seul pour tous et au besoin contre tous » (citation de Romain Rolland, qui figure en exergue de Ungern, le baron fou de Jean Mabire), tous ceux qui, comme Georges Feltin-Tracol, ont « un cœur rebelle. Rebelle par fidélité » (Dominique Venner).

Didier Marc

23 Avril 2010

Georges Feltin-Tracol, Orientations rebelles, Les Editions d’Héligoland, Pont-Authou, 2009, 308 p., 25 euros.

Correspondance Polémia

24/04/2010

Image : Orientations rebelles

Didier Marc

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