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Le : 02 Février 2011

Une nouvelle vérité se lève sur le monde arabe (Tunisie - 4e volet)

Polémia publie un article paru dans The Independent du 26/01/2011, sous la signature de Robert Fisk, journaliste, grand reporter et correspondant au Proche-Orient de ce quotidien. Les sympathies pour le monde arabe de ce journaliste, basé à Beyrouth, sont connues. D’ailleurs elles lui valent de la part de la presse israélienne une inimitié certaine. Même s’il a tendance à désigner l’Occident comme responsable de tous les maux frappant la région, il a, par sa parfaite connaissance des pays et de leurs habitants, une vue très affûtée des événements qui s’y déroulent.

Polémia

Une nouvelle vérité se lève sur le monde arabe

(Tunisie - 4e volet)

Les fuites sur les Dossiers palestiniens ont semé un état d’esprit révolutionnaire dans la région

Les Documents [Wikileaks] palestiniens sont aussi accablants que la Déclaration Balfour. L’« Autorité » palestinienne – il faut mettre ce mot entre guillemets – s’apprêtait et s’apprête à abandonner le « droit au retour » de quelque sept millions de réfugiés vers ce qui est maintenant Israël en échange d’un « Etat » qui ne ferait que 10% (au plus) de la Palestine du temps du mandat britannique.

Et au moment où sont révélés ces terribles documents, le peuple égyptien appelle à la chute du président Moubarak, et les Libanais désignent un premier ministre qui soutiendra le Hezbollah. Le monde arabe a rarement vu une chose pareille.

Pour ce qui est des Documents palestiniens, il est clair que les représentants du peuple palestinien étaient prêts à anéantir tout espoir pour les réfugiés de rentrer chez eux.

Les Palestiniens vont être – et sont – scandalisés d'apprendre comment ils ont été trahis par leurs représentants. A la lumière de ces Documents palestiniens, on ne voit pas comment ces gens peuvent croire en leurs propres droits.

Ils ont vu, dans des films et dans des écrits, qu'ils ne reviendraient pas. Mais dans le monde arabe – ce qui ne signifie pas le monde musulman – il y a désormais une faculté de comprendre la vérité qui n’existait pas auparavant.

Il n'est plus possible, pour les gens du monde arabe, de se mentir mutuellement. Les mensonges, c’est terminé. Les discours de leurs dirigeants - qui sont, hélas, nos propres discours – c’est terminé. C'est nous qui les avons conduits à cette disparition. C'est nous qui leur avons raconté ces mensonges. Et nous ne pouvons plus les recommencer.

En Egypte, nous autres Britanniques aimions la démocratie. Nous avons encouragé la démocratie en Egypte – jusqu'à ce que les Egyptiens décident de mettre fin à la monarchie. Ensuite nous les avons mis en prison. Puis nous avons voulu davantage de démocratie. C’était toujours la même histoire. De même que nous voulions que les Palestiniens jouissent de la démocratie, à condition qu'ils votent pour les bons candidats, nous voulions que les Egyptiens aiment notre mode de vie démocratique. A présent, au Liban, il semble qu’une « démocratie » doive se mettre en place. Et cela ne nous plaît pas.

Bien sûr, nous voulons que les Libanais soutiennent les gens que nous aimons, les partisans musulmans sunnites de Rafic Hariri, dont l'assassinat – nous avons de bonnes raisons de le croire – a été orchestré par les Syriens. Et maintenant nous assistons, dans les rues de Beyrouth, à des incendies de voitures et à des incidents violents contre le gouvernement.

Alors, où allons-nous? Se pourrait-il, peut-être, que le monde arabe se prépare à choisir ses propres dirigeants ? Se pourrait-il que nous assistions bientôt à l’avénement d’un nouveau monde arabe qui ne soit pas contrôlé par l'Occident ? Lorsque la Tunisie a annoncé qu'elle était libre, Mme Hillary Clinton est restée muette. C’est le président cinglé d'Iran qui a déclaré qu'il était heureux de voir un pays libre. Pourquoi?

En Egypte, l'avenir de Hosni Moubarak semble de plus en plus désolant. Son fils pourrait être son successeur désigné. Mais il n'y a qu'un seul Califat dans le monde musulman, et il est en Syrie. Pour les Egyptiens, le fils de Hosni n'est pas l'homme de la situation. C’est un homme d'affaires médiocre, qui est peut-être capable – ou qui ne l’est peut-être pas – de sauver l’Egypte de sa propre corruption.

Le chef de la sécurité de Hosni Moubarak, un certain M. Suleiman qui est très malade, n’est peut-être pas non plus l'homme idoine. Et pendant tout ce temps-là, à travers le Moyen-Orient, nous attendons de voir la déroute des amis de l’Amérique. En Egypte, M. Moubarak doit se demander pour quel pays il s’envolera. Au Liban, les amis de l'Amérique s'effondrent. C'est la fin des Démocrates au Moyen-Orient arabe. On ne sait pas de quoi sera fait l’avenir. Peut-être l’histoire est-elle seule capable de répondre à cette question..

Robert Fisk
The Independent
26/01/2011
http://www.independent.co.uk/opinion/commentators/fisk/robert-fisk-a-new-truth-dawns-on-the-arab-world-2194488.html

Titre orignal : A new truth dawns on the Arab world

Traduction pour Polémia : R.S

Correspondance Polémia – 02/02/2011

Image : Wikileaks

Robert Fisk

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