Rubrique : Politique / A La Une


Le : 16 Février 2011

Affaire Cassez : tension entre Paris et Mexico

Depuis que la justice mexicaine a confirmé la peine de la Française à 60 ans de prison, les relations se sont encore détériorées entre les deux Etats. De mauvais augure à la fois pour la présidence française du G20 et l’année du Mexique.

L’affaire n’est définitivement plus juridique, elle s’est transformée en crise diplomatique, aux implications politiques, économiques et culturelles. Depuis que la justice mexicaine a confirmé, jeudi dernier, la peine de Florence Cassez, cette Française condamnée à 60 ans de prison pour complicité d’enlèvement, les relations entre le Mexique et la France ne cessent de se dégrader.

Vendredi, la ministre des Affaires étrangères, Michèle Alliot-Marie, a dénoncé une «décision inique» et «un déni de justice», prévenant qu’elle n’assisterait à aucune manifestation de l’Année du Mexique en France. L’ambassadeur à Paris a été convoqué, Mexico a riposté de la même manière. Lundi, Nicolas Sarkozy a jeté de l’huile sur le feu en annonçant le maintien des 350 manifestations prévues, mais en les dédiant à la détenue française. L’escalade s’est ensuite poursuivie lorsque le Mexique a menacé de se retirer de l’organisation des divers événements.

Fermeté mexicaine Mardi

Carlos de Icaza, l’ambassadeur à Paris, a détaillé la position de son gouvernement, en ouvrant peut-être une piste de sortie du bras de fer. Réaffirmant «la grande amitié» qui unit les deux Etats, il n’a pas exclu la participation de son pays à l’année du Mexique si la France cesse d’y mêler Florence Cassez, «une personne jugée et condamnée pour des délits particulièrement graves».

«La guerre de la drogue et l’explosion du nombre d’enlèvements crapuleux, avec demande de rançons, sont deux réels fléaux dans ce pays», décrypte le chercheur Jean-Jacques Kourliandsky, chargé du suivi de l’actualité latino-américaine et espagnole à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS). Difficile dans ces conditions d’accepter le rapatriement en France de la détenue pour qu’elle y purge sa peine, comme le demande Paris; le Mexique craint que la sentence ne soit trop adoucie une fois la condamnée revenue dans l’Hexagone.

A cet élément s’ajoute une dimension de politique intérieure. La dégradation de la sécurité sera un thème majeur de la campagne pour la présidentielle mexicaine, qui se déroulera en juillet 2012 et à laquelle Felipe Calderon ne présentera pas sa candidature. «En cette période préélectorale, le président, même s’il le voulait, ne peut pas faire un geste, car ce serait considéré comme un signal d’impunité vis-à-vis des preneurs d’otages, analyse Jean-Jacques Kourliandsky. La majorité de la population, ainsi que la presse, partage sa fermeté et de ce point de vue, je ne vois pas de sortie de crise possible avant les élections. Ensuite, si le dossier est repris par d’autres dirigeants dans une discrétion totale, on peut imaginer que Florence Cassez soit rapatriée en France ou qu’elle obtienne une grâce.»

Présidence du G20

Selon le chercheur, les difficultés remontent à la visite officielle de Nicolas Sarkozy à l’Etat d’Amérique centrale en mars 2009. «Ce voyage s’inscrivait dans la préparation du G20 et avait été assombri par des propos du chef de l’Etat qui avaient suscité un tollé auprès des Mexicains très sensibles aux questions de souveraineté nationale et d’ingérence.» En l’occurrence, toute déclaration mettant en cause la justice et son fonctionnement irrite au plus haut point Mexico, qui exige «le respect de l’indépendance des juges et de la séparation des pouvoirs». Florence Cassez, elle, a toujours clamé son innocence et dénoncé des manquements de l’enquête puis des dysfonctionnements judiciaires.

Le dossier comporte enfin un volet économique. D’une part parce que les relations sont denses entre les grandes entreprises françaises et le Mexique, membre de l’Accord de libre-échange nord-américain. Mais surtout parce que l’affaire risque de parasiter, en s’invitant dans l’ordre du jour, la première réunion ministérielle du G20 sous présidence française, qui se tient à Paris les 18 et 19 février.

Le Mexique, 14e économie mondiale, est l’un des trois pays d’Amérique latine membres du groupe, avec l’Argentine et le Brésil. En 2012, il prendra la tête du G20, succédant à la France. Celle-ci, comme l’a annoncé récemment Nicolas Sarkozy, a demandé l’aide de Felipe Calderon et de la chancelière Angela Merkel pour faire avancer l’un des chantiers prioritaires, la réforme du système monétaire international.

A côté de ces débats difficiles, la ministre de l’Economie, Christine Lagarde, a déjà annoncé qu’elle profiterait de la présence de la délégation mexicaine cette semaine pour parler de Florence Cassez. Paris continue à demander son retour en France, estimant ne pas avoir le droit d’abandonner la jeune femme, emprisonnée depuis 2005 , car comme l’a dit le ministre de la Défense, Alain Juppé, hier soir, «60 ans de prison c’est inhumain, ça n’existe pas dans notre système juridique d’ailleurs».

Catherine Dubouloz
Le Temps
16/02/2011

Correspondance Polémia – 16/02/2011

Image : Florence Cassez

Catherine Dubouloz

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