Rubrique : Europe / A La Une


Le : 29 Mai 2011

Le vacances de Madame Merkel

La presse française s’est émue des propos de la chancelière, qui soulignent le contraste entre les Européens qui travaillent et prennent peu de vacances et ceux du « Club Med ». La cigale vie aux dépens de la fourmi, mais la « prêteuse » renvoie la chanteuse à ses devoirs. La Nouvelle lettre du 21 mai 2011 (www.libres.org) explique la sévérité d’Angela Merkel.

Certains Européens travaillent moins et prennent davantage de vacances. Ils sont au Sud, et Angela Merkel ne les a pas épargnés. La crise de l’euro l’amène en effet à douter de la survie d’un système monétaire où les uns travaillent et s’imposent des sacrifices, tandis que les autres se la coulent douce. Le comportement des Grecs irrite singulièrement la Chancelière, et elle a quelque droit à exprimer cette irritation puisque c’est l’Allemagne qui est le pays principal contributeur du Fonds Européen de Stabilité.

Certains chiffres (bien illustrés par exemple dans les Echos de jeudi 19 mai) sont éloquents :

  • Age de la Retraite : Allemagne 67 ans, la plupart des autres pays (y compris USA et Japon) 65 ans, France 62 ans
  • Congés annuels : Etats-Unis (13/15 jours), Allemagne, Italie et Japon 20 jours, Espagne et Portugal 22 jours, France et Grèce 25 jours.

« Nous ne pouvons pas avoir une monnaie commune et certains avoir beaucoup de vacances et d’autres très peu. Nous ne pouvons pas seulement être solidaires et dire que ces pays peuvent continuer comme si de rien n’était. Oui, l’Allemagne aide. Mais elle n’aide que si les autres font aussi des efforts palpables ». On ne saurait être plus clair.

Sans doute ces paroles sont inspirées par la grogne et la lassitude d’une grande partie de la population germanique, qui reproche à Angela Merkel de s’être laissée convaincre d’aider la Grèce, puis l’Irlande puis maintenant le Portugal. Mais elles soulignent aussi la fragilité voire l’incongruité de la monnaie européenne, que nous avons ici dénoncée dès avant Maastricht.

L’euro souffre des mêmes maux que l’Ecu, et avant l’Ecu le serpent monétaire : on ne peut imaginer un « collage monétaire » entre des pays dont les politiques budgétaires et économiques sont différents. Avec l’euro, le collage est devenu fusion, mais le problème n’a pas été réglé pour autant. Mieux encore : il s’est aggravé, car la coexistence de diverses monnaies nationales en Europe créait une concurrence qui pénalisait les devises dévaluées, de sorte que le marché des changes donnait l’alerte aux banques centrales. Dans les années 1980, c’est alternativement le Deutschemark, puis le Franc (avec Raymond Barre) qui a été la monnaie forte. Rien de tel aujourd’hui.

Il faudrait : ou bien qu’il y ait une Europe centralisée éliminant toute souveraineté nationale (ce dont les libéraux ne veulent pas puisqu’un Etat gigantesque est pire qu’un petit Etat, ou bien que les divers pays membres de l’Euroland s’alignent sur une politique à peu près semblable, évitant dettes et déficits publics. C’est ce qu’avait prévu le pacte de stabilisation (Amsterdam et Lisbonne). Mais c’est à quoi se refusent les membres du Club Med.

Jacques Garello
26/05/2011
IREF (Institut de recherches économiques et fiscales)

Correspondance Polémia – 29/05/2011

Image : Angela Merkel

Jacques Garello

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