Rubrique : Politique


Le : 02 Mai 2003

Le « souverainisme », combien de divisions ?

Le flou idéologique qui entoure en France l'étiquette « souverainiste » se répercute dans l'organisation particulièrement morcelée de ce courant politique, apparu sur la scène publique entre 1993 (référendum sur le traité de Maastricht) et 1999 (élections européennes), mais quelque peu aphone depuis l'implosion en vol du RPF villiéro-pasquaïen.
La division semble bien le maître-mot capable de désigner cette mouvance, comme l'a récemment démontré l'organisation le même jour à Paris (26 avril 2003), par deux organisations rivales, d'une « convention pour l'unité des mouvements souverainistes » et d'une manifestation contre l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne.
Point de situation sur la mouvance souverainiste, ses hommes et ses structures.

La dernière née des nombreuses organisations se réclamant de ce courant, l'Entente souverainiste, procède du principe des poupées russes. Créée en 2001, elle émane des États-généraux de la Souveraineté Nationale. Ceux-ci, créés en 1998, dérivent eux-mêmes de l'Action pour une Confédération paneuropéenne, qui, elle-même, est une scission du Mouvement paneuropéen…

Toutes ces associations subsistent encore aujourd'hui parallèlement et conservent depuis l'origine les mêmes animateurs : Jean-Paul Bled et Alain Bournazel, respectivement président et secrétaire général.

L'APCP : une vision paneuropéenne

Arrêtons-nous tout d'abord sur la première des poupées russes, l'Action pour une Confédération paneuropéenne (APCP).

Et rappelons en préalable que les promoteurs de la « construction de l'Europe » sont groupés depuis très longtemps au sein de deux mouvements principaux : le Mouvement européen, très fédéraliste et le Mouvement paneuropéen, confédéraliste.

L'APCP est né d'une tentative manquée de prise de contrôle du Mouvement paneuropéen par une équipe qui, après l'échec de son opération, a fait scission. D'origine, l'APCP n'est donc pas « souverainiste » au sens strict, mais pro-européenne.

Cette filiation est revendiquée par l'APCP. Celle-ci se réclame en effet de Richard Coudenhove-Kalergi, père du Conseil de l'Europe et se définit comme « un mouvement paneuropéen » qui « défend une conception de la construction européenne, fondée sur un authentique pouvoir politique de type confédéral ».

Dans son dépliant de présentation, l'association d'Alain Bournazel et de Jean-Paul bled précise ainsi : « Nous sommes résolument engagés dans la réalisation d'une confédération. L'Europe doit rester un grand espoir partagé ».

Et parmi les moyens pour y parvenir, elle préconise notamment « la mise en place d'un exécutif européen stable », à savoir « un président de l'union confédérale désigné par l'ensemble des États membres pour une durée de trois ans ».

Les États généraux : un « européisme pragmatique »

La deuxième poupée russe, les États Généraux de la Souveraineté Nationale, ont été lancés en 1998 sous la forme d'une structure parallèle à l'APCP grâce un appel de personnalités pour des états généraux de la souveraineté nationale et par un livre ayant le même titre, co-signé par Alain Bournazel et Etienne Tarride (Ed. F-X. de Gulbert, juillet 1998).

Le mot de « souverainisme » étant apparu quelques mois auparavant dans le vocabulaire politique français, les États-généraux s'en saisirent pour définir leurs propres aspirations européennes.

L'ouvrage précité énonce la première définition de ce « souverainisme français » : « une troisième voie entre européistes et nationalistes » (p.63), les uns et les autres étant ainsi renvoyés dos-à-dos.

De fait, pour les besoins de leur démonstration et surtout de leur communication, ces « premiers souverainistes » cherchent avant tout à éviter la diabolisation en prenant leur distance avec le nationalisme traditionnel : « Nombre de prétendus penseurs, emportés par des phantasmes nationalistes d'un temps révolu, oublient que des hommes comme Coudenhove-kalergi, Winston Churchill ou Charles de Gaulle, et quelques autres, ont fait progresser autant qu'ils le pouvaient un véritable concept de construction politique de l'Europe » (p.57). Les États-généraux dénoncent « un nationalisme revigoré encore qu'archaïque » (p.60), « ceux qui refusent, par nationalisme exacerbé, toute forme de construction européenne » (p.60) ou encore « l'hypertrophie du concept de nation » (p.57)

Conformément à l'origine idéologique du Mouvement paneuropéen, et très certainement aussi à des fins dialectiques (développées également en son temps par Philippe de Villiers), les auteurs refusent donc de paraître anti-européens : « Les illusionnistes de l'Europe intégrée vont nous reprocher d'être, en réalité des anti-européens, nous allons maintenant démontrer le contraire » (p. 76).

Et, en effet, ils ne le sont pas : « Nous voulons l'Europe » (p. 111), affirment-ils à plusieurs reprises. « L'Europe doit se construire » (p. 59). Ils la voient précisément comme la condition de notre avenir comme nation et comme puissance : « Une construction européenne est nécessaire à la survie active de nos pays au XXIe siècle » (p. 104) « Une construction européenne est probablement le seul moyen de rendre aux Français les moyens d'un véritable projet politique » (p. 105) « La Communauté européenne est, dans le monde actuel et sera dans le monde futur, une nécessité, parce que «la France seule» est aujourd'hui un mythe, à supposer qu'il se soit jamais agi d'une réalité, parce que le monde entier est entré dans la voie heureuse de regroupements de nations en ensembles puissants, donc pacifiques. Tout au moins pour la fraction majoritaire et évoluée des populations, les règles communes nécessaires seront acceptées et respectées beaucoup plus facilement que certains le croient. Il faut que ces règles existent » (p. 62).

Les États généraux ne veulent donc pas moins d'Europe mais mieux et même plus d'Europe. Si l'Europe politique n'existe pas, selon eux, c'est parce que « les actuelles institutions de l'Europe ne savent pas dépasser le stade de la gestion ». Ils veulent donc les réformer « parce qu'il est indispensable qu'une Europe politique continue à se construire » (p. 70). En particulier, ils considèrent que « la politique étrangère est le domaine dans lequel une véritable Europe politique pourrait et devrait s‘affirmer le plus vite et le mieux » (p. 101).

Le livre d'Alain Bournazel reproche essentiellement aux fédéralistes européens de n'être pas assez, ou vraiment, européens : « Les européistes ne croient pas en l'Europe » (p.75). D'où la rigidité de leur construction. Or, « l'Europe rigide actuellement envisagée se condamne à vivre dans la crainte permanente d'une explosion définitive. Si une conception nouvelle n'est pas adoptée, toutes les craintes sont envisageables » (p.61)

Ainsi, en poussant le raisonnement jusqu'à son terme, la ligne paneuropéiste des États généraux « n'est absolument pas une conception restrictive. Nous pensons au contraire qu'elle permettra des avancées beaucoup plus rapides que l'idée fédéraliste » (p.6O).

Le CEFEL

Avant de passer à la troisième poupée russe, l'Entente souverainiste, il convient de signaler l'existence du CEFEL, le Centre de Formation des Élus Locaux, présidé et animé par Alain Bournazel.

Le premier «E» de CEFEL doit être le vestige d'une qualification originelle de Centre Européen, cet organisme étant « référencé par la Commission de l'U.E. » (union européenne) comme l'indique son papier à lettre.

En outre, dans cet organisme, Alain Bournazel forme binôme non plus avec Jean-Paul Bled, mais avec Joûl Broquet, secrétaire général, qui, comme l'indique lui-même le CEFEL sur un de ses programmes de formation, est « membre du C.N. (conseil national) du Mouvement européen », c'est-à-dire du mouvement hyper fédéraliste présidé par Jean-Louis Bourlanges et subventionné par la Commission de Bruxelles.

Les activités du Centre de formation d'Alain Bournazel sont clairement et ouvertement de faire avancer l'idée européenne, ce qui peut se concevoir, mais y compris dans sa version la plus supranationale, sans doute toujours au nom de l'idée « fédéraliste ».

On en a, en particulier, la démonstration dans le récent « supplément gratuit - Europe - éducation formation» au n°52 du bulletin Regard local, le bulletin du CEFEL. Dans l'éditorial, son secrétaire général y indique l'objectif de cet organisme : « Notre mission, d'informer et de former, sera d'autant mieux remplie que les initiatives européennes sauront se servir des relais qu'offrent les associations de formation ». Il ajoute qu'il est nécessaire de « mobiliser les élus locaux» afin d'amener les collectivités locales à « chercher, secteur par secteur (enfance, scolarité, etc.) la dimension européenne ».

Dans ce même éditorial, rédigé sous forme d'un dialogue entre le secrétaire du CEFEL et la directrice de l'Agence Socrates - Leonardo da Vinci, co-éditrice de la brochure, cette dernière affirme sa conviction qu'il faut « faire de l'Europe un ensemble homogène ».
Le secrétaire général du CEFEL lui répond que « c'est bien dans cette perspective » que le CEFEL agit, ajoutant que « La question, pour progresser, est bien de savoir comment ces politiques locales doivent contribuer à construire l'Europe de la culture et de l'éducation ».

L'Entente souverainiste

Revenons aux poupées russes. La dernière née, en 2001, est l'Entente souverainiste. Dans sa configuration initiale, qui n'est plus d'actualité suite à son implosion, elle était présidée par Paul-Marie Coûteaux. Il en est aujourd'hui le président « d'honneur ». Mais Alain Bournazel comme secrétaire général et Jean-Paul Bled comme président en sont les chevilles ouvrières depuis l'origine. Le binôme est donc devenu trinôme.

Le bulletin de l'Entente s'appelle l'Indépendance et est financé sur le budget du groupe “EDD” du Parlement européen. Il a pris la suite de la Lettre de la Souveraineté, organe des États-généraux qui était financé par abonnements, sans doute rares puisqu'elle ne paraît plus.

La raison d'être de cette nouvelle association est de réunir des souverainistes qui sont, selon Paul-Marie Coûteaux, non seulement dispersés, mais plus encore, divisés : « J'ai pris l'initiative de créer l'Entente souverainiste (...) faute d'avoir pu mettre d'accord entre eux les responsables des associations (souverainistes) » (circulaire de mars 2002).

La division des souverainistes est un thème récurrent des animateurs de l'Entente souverainiste.
Ils en rendent responsables, en premier lieu, les hérauts médiatisés du souverainisme : Chevènement, Pasqua, Le Pen, Villiers ; « Les hommes politiques qui ont tour à tour endossé la cause souverainiste l'ont mêlée à tant d'autres considérations qu'ils ne purent se hisser à la hauteur impartiale de la “grande Querelle” de l'indépendance » (n°1 de l'lndépendance). « Ceux-ci, ne comprenant pas la hauteur à laquelle se situait leur combat, continuèrent d'y mêler leurs vieilles querelles idéologiques, partisanes ou personnelles — ce fut le cas hélas! des trois ou quatre hommes politiques de premier plan qui endossèrent la cause de la souveraineté, en la noyant tour à tour dans leurs sinuosités personnelles » (Circulaire de P.-M. Coûteaux mars 2003). Les mêmes sont encore qualifiés de « candidats qui tentent, avec des titres, avec des mots, mais aussi, hélas, avec des calculs les plus divers, de sauvegarder ce qui peut l'être de la France (et qui) partent à l'élection présidentielle en ordre dispersé» (circulaire de mars 2002).

L'Entente va plus loin dans son analyse, souvent juste, dénonçant aussi les militants souverainistes eux-mêmes, qui « s'enrôlent (…) en très grand nombre dans telle ou telle écurie, même s'ils savent parfaitement qu'elle ne pourra pas aboutir à la victoire — en somme pour le seul plaisir d'appartenir, de s'identifier, de rester entre soi, plaisir inférieur à la grande querelle qu'ils prétendent servir » (Ibid.).

Sont également visés avec la même acuité mordante les divers mouvements non électoraux qui se sont créés en dehors des partis souverainistes : « Il y a aussi les sans parti éparpillés dans une multitude d'associations qui prétendent chacune à l'exclusivité et auxquelles on renonce à trouver quelque unité. Les Français l'ignorent : il y a parmi eux une flopée de sauveurs de la patrie, petits messieurs sans chapeau qui, ayant créé une officine qui a fait trois lignes au Journal Officiel, à côté de l'association des boulistes de Sylvette-la Prairie, hissent le drapeau sur leur marmite et s'impatronisent grand chef des Français libres. Ces gens-là n'ont jamais été élus au suffrage universel, n'ont jamais produit aucune idée, jamais publié le moindre livre, éditent des feuilles qui n'ont pas 50 abonnés, ne se sont raccrochés au mot souverainisme que lorsque la presse a fini par le reprendre, n'ont accès à aucun journal national, aucun plateau de télévision, aucune radio, sinon la radio du canton qu'ils prennent pour la BBC de Londres, et s'étonnent qu'on ne se range pas dans leur ombre.» (n°3 de I'lndépendance). « Les associations dans lesquelles (les militants souverainistes) se retrouvent sont elles-mêmes dispersées et, de cette dispersion, la plupart hélas semblent s'accommoder d'un coeur léger » (circulaire de mars 2002).

Ces responsables d'association enfin, sont, au fil des éditoriaux, épinglés individuellement, chacun à leur tour, sans que leur nom soit cité mais de manière suffisamment claire pour que les connaisseurs du milieu puissent les identifier aisément.

Le portrait que l'Entente fait du souverainisme est au total peu flatteur et en conséquence peu attractif : il s'agit d'un « aimable bocal » (P.-M. Coûteaux, La Une, déc. 2001), objet d'« aimables agitations associatives » (A. Bournazel, n°2 de l'Indépendance) et sujet à des divisions endémiques qualifiées tantôt de « délétères » (P.-M. Coûteaux, n°5 de l'Indépendance), tantôt de « chicanes qui, pour dérisoires qu'elles soient, ne nous en condamnent pas moins à la léthargie » (circulaire de mars 2002).

On aura compris que seule l'Entente trouve grâce aux yeux de l'Entente et que son but est le rassemblement général derrière un seul homme, Paul-Marie Coûteaux : « Je me permets de demander (aux souverainistes), au nom de la légitimité que m'a conféré leur vote (...) de faire taire les querelles subalternes et de s'unir (...) malgré les difficultés et les découragements » (n°2 de l'lndépendance).

La légitimité dont ce dernier se prévaut ci-dessus tient au fait que, figurant en 13e position sur la liste Pasqua-Villiers en 1999, il est aujourd'hui député au parlement européen. Il a d'ailleurs abandonné l'un comme l'autre de ces deux hommes qui l'avaient fait élire, pour rejoindre Jean-Pierre Chevènement en 2001, qu'il a à son tour délaissé en 2002 pour se mettre maintenant à son compte.

L'Alliance pour la souveraineté de la France

L'Alliance pour la Souveraineté de la France est la dernière et la plus importante des structures souverainistes.
a été fondée en décembre 1997 par Bernard Chalumeau, Francis Choisel, Jacques Dauer et Bernard Montrichard qui, tous quatre, avaient mené campagne, en 1992, contre le traité de Maastricht.
Le premier était cadre du M.P.F. de Philippe de Villiers en Seine-et-Marne et, aujourd'hui, reste membre de ce parti. Le second était conseiller général R.P.R. des Hauts-de-Seine et a été réélu depuis sous l'étiquette R.P.F. avec le soutien de Charles Pasqua. Le troisième, gaulliste historique fortement ancré à gauche, préside l'Académie du Gaullisme et a soutenu Jean-Pierre Chevènement lors de la dernière élection présidentielle. Le quatrième, enfin, président d'un mouvement souverainiste franc-comtois (« Avenir-France-République ») anime au plan régional « Présence et Action du Gaullisme » que préside Pierre Messmer.

Leur premier manifeste « Françaises, Français, unissons nos forces ! » entendait dénoncer « l'asservissement de la France par les institutions européennes » et appelait à « l'unité dans la lutte » à l'occasion de la campagne contre le référendum sur le traité de Maastricht : « Françaises, Français de toutes conditions et de toutes opinions qui refusez cette issue fatale, vous êtes dispersés et sans voix. Rassemblez-vous ! Organisez-vous ! Faites-vous entendre ! Rejoignez-nous ! Ensemble, retrouvons notre liberté et notre force. » Parallèlement, l'Alliance pour la Souveraineté de la France lançait le terme « souverainisme », expression nouvelle en France et qui devait accéder rapidement à la notoriété, puisqu'il est aujourd'hui entré dans le Petit Larousse.

D'un point de vue structurel, l'Alliance se présente encore aujourd'hui comme un réseau assez ouvert de personnalités de toutes tendances, rassemblés au sein du Conseil national souverainiste (1), et une coordination très lâche d'associations et de mouvements les plus divers. Ceux-ci sont aujourd'hui au nombre de 22, d'importance variable (de quelques dizaines à plusieurs milliers d'adhérents), à vocation nationale ou locale, thématique ou générale, dont l'objet principal n'est pas obligatoirement le combat souverainiste, mais dont les adhérents et dirigeants partagent la volonté de « rétablir l'indépendance de la France ». À la base, environ un millier d'adhérents directs et des milliers de sympathisants apportent un soutien financier et assistent aux manifestations organisées par la structure.

C'est le « Conseil National Souverainiste » (C.N.S.), en tant qu'autorité morale, conçu « par référence au Conseil National de la Résistance » (2), qui a la charge d'élaborer les positions doctrinales du mouvement.
Positions qui ne peuvent qu'être le fruit de marchandages incessants, nuisant à leur appréhension par le grand public, compte tenu de la diversité politique et philosophique des personnalités qui le composent.
Réuni la première fois en septembre 1998 au Palais du Luxembourg sous la présidence de Jean Foyer, ancien ministre du général de Gaulle, et de Jacques Dauer, le C.N.S regroupait notamment Christine Boutin (alors député U.D.F.), Georges Berthu (député M.P.F. au parlement européen), Jacques Myard (alors député R.P.R., aujourd'hui R.P.F.-U.M.P.), Paul Loridant (sénateur M.D.C.), et d'autres personnalités allant “des monarchistes aux communistes”, comme l'avait souligné la presse à l'époque. Ce qui constitue une force mais aussi une faiblesse : « écartant par principe tout sujet qui fâche », l'Alliance et le C.N.S. s'accrochent donc au thème exclusif de la souveraineté, alors que celle-ci n'est rien sans la puissance et l'identité noatmment.

Une force d'action, pour quoi faire ?

Bien que l'Alliance ait juridiquement le statut d'un mouvement politique, elle n'est pas un parti mais un mouvement d'action et d'idées qui n'a pas, en tant que tel, de vocation électorale.
C'est pourtant aujourd'hui le mouvement « souverainiste » le plus connu et le plus actif :
- En janvier 1999, à son appel, des manifestants conspuent à Versailles les parlementaires qui vont modifier la Constitution française pour permettre les abandons de souveraineté prévus par le traité d'Amsterdam.
- En décembre 2000, un contre-sommet souverainiste réunit les représentants de plusieurs nations européennes, notamment des Britanniques, pour protester, à Nice, contre les décisions que les chefs des gouvernements européens sont en train de prendre.
- En janvier 2002, à l'occasion du 1er anniversaire de la mise en place de l'euro, les responsables de l'Alliance sont interrogés par de nombreux journaux, radios et télévisions français et étrangers.
- En mars 2003, à Neuilly-sur-Seine, plus de 500 personnes se rassemblent au théâtre municipal pour écouter les parlementaires Philippe de Villiers, Jacques Myard et Nicolas Dupont-Aignan (député U.M.P.), invités par les responsables de l'Alliance pour la Souveraineté de la France et Henri de Lesquen, président de la Voix des Français (l'un des mouvements membres de l'Alliance) à l'occasion d'une campagne contre l'entrée de la Turquie en Europe.
- En revanche, la manifestation organisée le 26 avril dernier sur le même thème à Paris a été en échec en termes de mobilisation et de répercussion médiatique. Même échec pour la Convention nationale « pour l'unité des mouvements souverainistes » convoquée le même jour par Paul-Marie Coûteaux dans le VIIe arrondissement, avec en point de mire la présentation de listes aux élections européennes de 2004 : aucun des ténors du « souverainisme » invités ne s'est finalement déplacé (3). En se livrant une véritable guerre (au moins verbale), les deux structures contribuent à l'éparpillement de la nébuleuse souverainiste et s'affaiblissent visiblement.

Village gaulois

Au départ pourtant, les deux initiatives se voulaient complémentaires.
P.-M. Coûteaux avait figuré parmi les personnalités de l'Alliance et du C.N.S. Par ailleurs, lorsque les États-généraux ont été créés par A. Bournazel et J.-P. Bled, quelques mois après l'Alliance, cette dernière a appuyé et co-organisé plusieurs de leurs colloques et participé à quelques autres, tandis que les animateurs des États-généraux ont eux-mêmes pris la parole à diverses réunions de l'Alliance ou y ont assisté.
Les Etats-généraux étaient traités comme le « Comité Valmy » de Claude Beaulieu, le « Rassemblement Gaulliste » d'Augusto Aghmate, « l'Action Française » de Nicolas Kayanakis et Pierre Pujo, le « Mouvement Démocrate Français » d'Henri Fouquereau (aujourd'hui secrétaire national de l'Alliance), « La Compagnie d'Artagnan et Planchet » de Bernard Lhôte, François-Marin Fleutot et Philippe Kaminski, « La Voix des Français » d'Henri de Lesquen, etc.
Mais, en créant « L'Entente souverainiste » il y a quelques mois, P.-M. Coûteaux entendait prendre la main sur la nécessaire opération d'unification de toutes les chapelles souverainistes, ce qui était justement la vocation de l'Alliance, avec les résultats mitigés que l'on sait.
Le clash était donc inévitable.

Nous en sommes là aujourd'hui.
Ce qui explique que l'essentiel de l'activité des différentes chapelles se résume souvent, à de rares exceptions près, à l'organisation de colloques trop souvent confidentiels.

Politiquement, le « souverainisme » n'existe pas : le « républicanisme de gauche » de J.P. Chevènement s'est crashé en vol, l'euro-septicisme est en large partie contenu dans le lepénisme (ou chez les chasseurs), et le villiérisme n'a pas réussi (comme le M.N.R. s'agissant du F.N.) à catalyser et porter plus avant ne serait-ce qu'une fraction significative du R.P.F. de 1999. Quant à la poignée d'élus U.M.P. qui s'en revendiquent, ils ne pèsent d'aucun poids au sein de leur appareil.

Il ne suffit pas de vouloir investir le champ électoral, il faut encore le pouvoir, s'en donner les moyens, c'est-à-dire avoir une méthode adaptée, une doctrine solide et « totalisante », un discours tranché et surtout novateur, et enfin une fenêtre de tir (notamment médiatique) qui s'ouvre.
Nous en sommes loin.

L'erreur fondamentale du « souverainisme », ce qui n'en constitue pas le moindre des paradoxes, n'est-il pas finalement d'avoir tenté de greffer dans notre vieux pays multi-séculaire une doctrine et un discours inspirés d'une expérience somme toute récente et surtout étrangère : celle de la province du Québec ?


H.H.
SOURCE : envois internet des 24/04
et 21/05/2003


(1) Liste de ces personnalités : http://www.souverainete-france.org/
(2) Compte tenu du nombre de « gaullistes » et autres « gaulliens » dans cette structure, l'appellation ne manque pas de sel ; puisque ce fut celle reprise par la partisans de l'Algérie française (Georges Bidault, jacques Soustelle) pour lutter contre « la politique d'abandon » (déjà !), mais celle des départements français d'outre-Méditerranée…
(3) La réunion « aux rangs clairsemés, et où la moyenne d'âge des participants dépassait la cinquantaine » (Sophie Huet, in « Le Figaro » du 28/04/2003), a malgré tout débouché sur la création d'un nouveau parti politique, le « Rassemblement pour l'indépendance d'une France souveraine » (RIFS) que sera animé par l'historien Jean-Paul Bled. Mais Coûteaux ne se fait guère d'illusions : « Il ne faut pas nous cacher que nous sommes très loin d'être en ordre de bataille pour affronter les très graves échéances qui se profilent à l'horizon de l'année 2004 (…) Les personnalités, groupements et associations souverainistes sont aujourd'hui plus dispersés qu'ils ne l'ont jamais été » (ibid.).

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