Rubrique : Société / A La Une


Le : 11 Octobre 2011

Lettre ouverte à Michel Geoffroy sur une génération inutile

La Lettre aux enfants européens (nés en 2011) : devenez des hommes de Michel Geoffroy a conduit Myriam Picard, jeune mère de 26 ans, membre de Riposte laïque à réagir. Nous laissons nos lecteurs découvrir la lettre, aux accents tragiques, de cette jeune femme qui « combat sans croire à la victoire »

Polémia.

Monsieur, vous avez publié une Lettre aux enfants européens. Le tableau que vous dressez des années à venir est précis, juste, impitoyable. Suffisamment impitoyable pour que vous terminiez votre appel par une demande pressante : Devenez des hommes !

J’ai vingt-six ans, monsieur, et ne crois pas un instant que votre cri sera entendu. Car les enfants européens, grâce ou miracle exceptés, ne seront pas aptes, non seulement à réagir vigoureusement et positivement à votre appel, mais tout simplement incapables de le comprendre. Car ils sont les enfants d’une génération massivement imbécile, rendue telle par une foule d’enseignants, de réalisateurs, de curés, de parents… à la fois inconscients, lâches et imperméables à toute transcendance.

Jetons ensemble un regard sur ma génération, sur les 15-25 ans de France, et vous verrez que le désastre est absolu dans tous les groupes sociaux et dans la plupart des familles.

Prenez le bus à l’heure des sorties de collèges et de lycées. Que verrez-vous ? Des baba-cools à l’œil vide, la moue exaspérante, le cheveu indiscipliné, le pantalon tombant, la guitare en bandouillère, mâchonnant un refrain de Bob Marley, le bras couvert de bracelets et la patte traînante.

Des gamines hypersexualisées, le string en évidence, leur jeune poitrine violemment exhibée à l’heure où l’acné n’est même pas encore sortie, pianotant furieusement sur leurs portables et lâchant un « ouaiiiiiiiiiiis » lassé entre deux textos.

Des jeunes hommes pétris dans la gelée de l’orteil à l’épi, puant le parfum à cent mètres à la ronde, le cheveu travaillé jusqu’au ridicule, portant des guêtres tellement serrées qu’on se demande s’ils pourront un jour procréer. De futurs commerciaux et financiers, lunettes rectangulaires, parlant avec affectation de leur rêve d’HEC ou de Sup de Co, l’œil froid devant la Sainte Chapelle ou le Sénat.

Des voyous, enfin, ou pour faire court des racailles agressives, gueulant leurs insanités à l’oreille de tout un chacun, ne s’interrompant que pour cracher loin et taper sur une petite vieille, entre deux beuglements de rap sortis de la dernière merveille high-tech.

D’ambitieuses personnes à hauts talons qui s’étripent aimablement à la sortie du bureau, commentant bruyamment leur dernière rencontre sexuelle, et la possibilité – ou non – de passer chef de projet.

D’insupportables petits bourgeois arrogants et mal élevés, qui croient que le fric de papa et le carnet d’adresses des copines de golf de maman leur donnent l’autorisation de prendre le petit peuple de haut, et qui estiment que rater quinze jours au Touquet, c’est juste un enfer.

Voilà notre génération, monsieur, voilà la génération dans laquelle les rares jeunes Français à l’âme fière doivent grandir, étudier, travailler, se marier – ou non – et avoir des enfants – ou non. Chaque jour, et ce depuis des années, nous évoluons dans un milieu hostile et crétin, parmi des gens qui trouvent que le Sidaction, « c’est top sa race », que la guerre, « c’est vraiment trop pourri », des gosses qui répètent jusqu’à la nausée ce que les bonnes âmes du Planning Familial leur ont enfoncé dans le crâne, à savoir que « le sexe, c’est bien, le safe-sex, c’est mieux », et qui s’écroulent devant la réalité terrible du SIDA ou de l’avortement.

Nous avons grandi dans des écoles où on nous a enseigné l’ignorance, dans des universités où on nous a vendu du Sartre en pourrissant du Péguy. Nous avons poussé devant des écrans qui nous apprenaient le culte du narcissisme, de la vulgarité, de l’absence de talent, de la désinformation et de la passivité. Nous avons marché dans des rues qui n’étaient plus sûres, nous avons eu peur alors que nous allions danser, nous avons ri bêtement à l’ère du festivisme, croyant que la Techno Parade était l’essence même de la joie.

Les jeunes de ma génération, monsieur, veulent gagner gros sans transpirer, sans souffrir ni se salir les mains. Aimer sans aller jusqu’au sacrifice de leurs petites personnes. Coucher sans que cela atteigne leur âme et leur cœur.

Ils sont stressés et mous, arrogants et lâches, prétentieux et incultes. Ils déplorent la faim dans le monde mais laissent leurs proches crever dans la solitude. Ils n’ont jamais eu le courage de regarder un mort en face mais s’interrogent gravement sur le prétendu droit à mourir dans la dignité. Ils glapissent en permanence que les droits de la femme…etc, mais descendent dans la rue pour défendre le voile de leurs copines. Ils lisent Zola dans la collection Profil et vont ensuite bouffer de la merguez à la fête de l’Huma en gueulant contre Marine le Pen. Ils vous traitent de fachos à la moindre occasion, mais parlez-leur de Mao ou de Staline et leur œil se videra davantage – si du moins c’est possible. Ils sont imperméables à la notion d’effort, tremblent à l’idée de ne pas avoir leur bac alors que celui-ci est pratiquement donné en France.

Mais disons-le : ils n’en sont pas responsables. Les responsables, les coupables, les vrais criminels, ce sont tous les adultes, du professeur gavé de Philippe Meirieu qui a ravagé leur jeune et merveilleuse intelligence, au réalisateur qui a pondu des séries stupides destinées à faire de ces cœurs purs des animaux digérant quotidiennement de l’abscons, en passant par les politiciens qui ont laissé s’installer, par leur incompétence et leur égoïsme, des milliers de mesures déplorables pour des générations d’enfants.

Nous méritions tout, et surtout le meilleur. Nous avions droit, en notre qualité d’héritiers d’une des plus grandes et belles civilisations du monde, à l’intelligence, à la beauté, à l’exigence, à la culture, à la vérité et la liberté. Qu’avons-nous eu, de quoi nous a-t-on abreuvés ? De laideur, d’inconsistance, de facilité, de misère intellectuelle, et surtout, surtout, de mensonges.

On nous a volé notre pays, on nous a volé la découverte de notre histoire, on nous a donné des cours d’éducation civique sans nous dire qu’égalité, liberté et fraternité, parce qu’elles avaient été acquises au prix du sang et du courage et ce depuis des siècles, de Clovis jusqu’à Dreyfus, méritaient d’être autre chose que des éléments de langage. On nous a appris à être timorés, à être veules, on a fait de nous des mutants citoyens du monde, c’est-à-dire de nulle part, des hybrides créés dans l’accouplement insane de TF1 et de Jack Lang.

Alors, certes, il y a encore quelques êtres rares, quelques jeunes qui ont échappé à ce massacre, qui connaissent l’histoire de notre terre et la saveur de son âme, qui sont prêts à se battre pour que survivent et durent et se renouvellent les valeurs de notre civilisation pour lesquelles sont tombés des milliards de Français, que ce soit au champ d’honneur ou dans l’ostracisme social et politique. Ils se savent les fils et filles des poilus et de Pasteur, de Shakespeare et de Guitry, de Colette et de Jeanne d’Arc, de Rodin et de Gabin, d’Audiard et de Cervantès. Jeff Koons tout autant que Mickaël Youn sont pour eux objet de mépris.

Ils savent que Lépante et Marignan ne sont pas des boissons, que le Roi Soleil est autre chose qu’une consternante comédie musicale. Ils s’expriment clairement, peuvent s’émouvoir de la mort d’un Français en Afghanistan ou du viol d’une gamine par des barbares qui la séquestrent et prennent six mois de prison d’un juge qui leur recommande d’être désormais gentils. Ils veulent croire en l’art, en la justice, en la beauté, en la liberté. Ils sont usés de devoir justifier leur goût de la vérité et leur passion pour leur pays.

Mais ils sont fatigués, monsieur, si fatigués… Epuisés de devoir justifier en permanence ce qui devrait être universellement admis, lassés d’être traités de vieux cons alors qu’un sang neuf et vigoureux bat dans leurs artères, contraints de gâcher leurs talents et leur finesse intellectuelle pour des emplois malsains et mal payés. Ils se marient à l’ère du divorce institutionnalisé, ils luttent pour la fidélité au temps de la consommation. Ils mettent des enfants au monde alors qu’ils doutent de leur propre avenir.

L’histoire a maintes fois montré que rien n’était sûr, que des minorités comme la nôtre pouvaient toucher une majorité de collabos malgré eux ou volontaires, que des miracles, toujours, pouvaient surgir, que la juste bataille pouvait naître dans un contexte de paix fallacieuse. Mais permettez-moi d’en douter. Permettez-moi de me battre sans croire à la victoire, seulement parce qu’il le faut. Permettez-moi aussi d’en appeler aux millions d’adultes « installés » qui ne disent rien alors qu’ils savent, qui se taisent, se croyant inutiles alors que ce sont eux qui doivent soutenir et accompagner nos jeunes forces et nos révoltes.

Permettez-moi de leur rappeler que c’est parce qu’ils n’ont pas tous eu le courage de monter au créneau, que notre génération paie aujourd’hui un lourd tribut. Ils ont triché, par paresse, peur ou indifférence. Ce sont leurs enfants, c’est-à-dire nous, qui essuyons aujourd’hui les plâtres. L’histoire dira ce que notre courage ou notre lâcheté laissera comme traces. Mais en attendant, que ceux qui auraient dû nous préserver de l’horreur fasse leur examen de conscience.

Myriam Picard
Journaliste et membre du Comité de rédaction de Riposte Laïque
Tribune libre pour Nouvelles de France

Voir aussi : La « Spanish Revolution » ou le Mai-2011 espagnol

Correspondance Polémia – 11/10/2011

Image : Génération perdue

Myriam Picard

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