Rubrique : Géopolitique / A La Une


Le : 05 Février 2012

Paris ne veut plus pénaliser les sables bitumineux

La France a mis fin à son soutien à une directive européenne qui vise à désigner les sables bitumineux canadiens comme la forme de pétrole de loin la plus néfaste pour le climat, a-t-on appris auprès de diverses sources proches du dossier.

Adoptée en avril 2009, cette directive sur la qualité des carburants « tarde depuis à être mise en œuvre » (comme il est pudiquement écrit dans les dépêches d'agences de presse). La plupart des pays européens soutiennent ce texte, qui doit aider à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. Parmi ses adversaires figurent notamment la Grande-Bretagne, les Pays-Bas, l'Italie et, désormais, la France (mais avec une certaine discrétion, comme on va le voir...)

Les sables bitumineux, c'est quoi ? Petit rappel

La chaîne Arte [a] [diffus[é] [le 30/01/2012] un documentaire produit par Greenpeace intitulé « Petropolis », qui montre comment la forêt canadienne est « violée » pour en extraire les sables bitumineux. En dix ans, ce pétrole lourd très polluant a fait du Canada un producteur de pétrole de premier plan, et l'un des pays sur terre dont les émissions de gaz à effet augmentent le plus vite.

Les sables bitumineux du Canada constitueraient des ressources en hydrocarbures équivalentes aux réserves de brut de l'Arabie Saoudite

Le responsable de Total au Canada indique que ce pétrole non-conventionnel est devenu indispensable pour faire face à la demande mondiale, au moment où les réserves de pétrole conventionnel parvenues à « maturité » sont de plus en plus difficiles à remplacer. Les sables bitumineux du Canada forment déjà la première source d'approvisionnement des Etats-Unis en pétrole.

Mais les sables bitumineux sont aussi le mode de production d'hydrocarbures le plus nocif pour l'environnement

En particulier, [ils sont réputés pour être] les plus lourdement émetteurs de gaz à effet de serre. S'ils continuent à être exploitée, les sables bitumineux équivalent à un « game over pour le climat », d'après le climatologue de la Nasa James Hansen. Cette source de brut est qualifiée de « shoot ultime pour les junkies du pétrole » dans une tribune publiée ce mois-ci par la revue scientifique Nature (j'y reviendrai dans un prochain article).

Soutenant jusqu'ici à la directive sur la qualité des carburants, la France s'est exprimée le 2 décembre contre la définition d'une valeur d'émissions de gaz à effet de serre spécifique aux sables bitumineux, lors d'une réunion d'un comité d'experts européens. Une position qui revient à vider la directive de son sens. Selon plusieurs sources au sein de l'administration, la ministre de l'écologie Nathalie Kosciusko-Morizet, en désaccord avec cette position, a réclamé un nouvel arbitrage à Matignon, qui n'a rien voulu savoir.

Depuis, le gouvernement français a demandé à la Commission européenne une étude sur le coût économique de la mise en œuvre de la directive, d'après des sources au ministère de l'écologie et à Matignon. Cette initiative devrait retarder encore pendant des mois l'application éventuelle d'un texte adopté il y a trois ans déjà.

Sans le crier sur les toits, la France a donc rejoint la Grande-Bretagne, les Pays-Bas et l'Italie parmi les principaux adversaires d'une pénalisation des sables bitumineux. Et quelles sont les compagnies pétrolières européennes qui ont le plus investi dans la destruction d'une partie de la forêt boréale canadienne ? La compagnie britannique BP, la compagnie néerlando-britannique Shell et la compagnie française Total. Comment ça, vous n'êtes pas surpris ?

Les Amis de la Terre et Greenpeace France, qui suivent de près le dossier, affirment avoir eu vent d'un lobbying intense (et manifestement efficace) mené par Total auprès du ministre de l'industrie et de l'énergie, Eric Besson.

J'ai failli oublier les causes probables de l'hostilité italienne ! La compagnie pétrolière italienne ENI a renoncé aux sables bitumineux du Canada pour des raisons de coût. Elle s'apprête cependant à lancer un projet pilote d'exploitation de ces sables, mais cette fois dans la forêt tropicale du Sud du Congo-Brazzaville, malgré-les-protestations-des-écologistes-qui-s'inquiètent-pour-la-biodiversité (blablabla).

Ce n'est certainement pas le gouvernement français ni Total, grands alliés du potentat local, Denis Sassou-Nguesso, qui risquent de freiner ce nouveau développement industriel prometteur. ]

Oil Man
Chroniques du début de la fin du pétrole
30/01/2011

Voir aussi :

Revealed : Europe's plan to penalise Canada's tar sands goes Dutch

Correspondance Polémia – 5/02/2012

Image : une image tirée de « Petropolis », de Peter Mettler

Oil Man

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