Rubrique : Economie / A La Une


Le : 08 Février 2012

Angela Merkel est-elle en train de vendre l'Europe à la Chine ?

En voyage à Pékin, la chancelière allemande semble vouloir rouvrir le dossier du financement de l'Europe par la Chine. Aurait-elle oublié les contreparties exigées, et leur rejet par les Européens ?

Comme beaucoup de dirigeants politiques avant elle, Angela Merkel effectue un voyage à Pékin qui vise avant tout à promouvoir davantage les exportations allemandes vers la Chine. A cette occasion, d'ailleurs, on a revérifié que l'Allemagne, tout comme ses vingt-six partenaires de l'Union européenne, continue à subir un déficit commercial majeur avec la Chine.

Mais Angela Merkel n'est pas venue à Pékin pour se plaindre du déficit commercial renouvelé de l'Allemagne et de l'Europe à l'égard de la Chine. Elle semble avoir préféré rouvrir le dossier du financement de l'Europe par la Chine. Elle a ainsi plaidé auprès de la Chine une participation significative au financement du FESF [Fonds européen de stabilité financière], soit directement soit à travers le FMI.

Rafraîchissons les mémoires des amnésiques.

A l'approche du Sommet du G20 de Cannes, la Chine, déjà sollicitée par les leaders européens, avait surpris ses interlocuteurs en évoquant un montant de prêt très inférieur à leurs attentes. Qui plus est, la Chine, en dépit même du faible montant envisagé, avait alors formulé une exigence préalable considérable : le démantèlement très rapide des systèmes sociaux que nous connaissons en Europe depuis 1945. De quoi déstabiliser socialement la plupart des pays européens…

Outre cette exigence préalable, la Chine ajoutait plusieurs contreparties.

Au fil des ans, il s'avère que la pratique financière de l'Etat chinois est très particulière : l'intérêt perçu sur les prêts qu'il consent aux Etats étrangers ne suffit pas à le rémunérer ; il exige une deuxième rémunération qui consiste en des contreparties qui le plus souvent sont politiques. Parmi celles exigées alors de la Chine pour prêter à l'Europe, nous avions relevé les deux plus inadmissibles.

Une première contrepartie consistait en ce que l'Europe s'engage à lever toute barrière aux achats par la Chine et par l'Etat chinois des actifs réels européens. En clair, il s'agissait de laisser la Chine s'emparer en Europe des entreprises, des infrastructures, des terres cultivables… Quand on sait que les réserves de change globales de la Chine s'élèvent à 4800 milliards de dollars, on mesure à quelle vitesse la Chine se proposait de vassaliser l'Europe en s'accaparant ses actifs les plus essentiels.

Une autre contrepartie consistait en ce que l'Europe s'engage à lui exporter les matériels militaires sensibles que la Chine ne sait pas encore produire. Or, très souvent, les Européens ne peuvent produire ces matériels qu'en s'approvisionnant en composants américains non ré-exportables. La Chine aurait ainsi à la fois accentué sa course aux armements et semé la division entre Européens et Américains.

Devant tant d'exigences inadmissibles, l'Europe s'est alors nettement rebiffée. Elle a éconduit la Chine et, profitant de la transition de Jean-Claude Trichet à Mario Draghi, elle a mis ensuite le cap sur une monétisation, la plus limitée possible, des déficits publics tant que le redressement des finances publiques ne serait pas atteint.

Cette démarche d'Angela Merkel est troublante. Elle pourrait en effet indiquer que l'Allemagne envisage que l'Europe négocie avec la Chine sur la base de sa proposition d'octobre 2011 alors même que cette proposition avait suscité alors un rejet unanime et légitime des pays européens concernés.

Affaire majeure à suivre

Antoine Brunet
Atlantico.fr
3/02/2012

Antoine Brunet est économiste et président d'AB Marchés.

Il est l'auteur avec Jean-Paul Guichard de La visée hégémonique de la Chine, L’Harmattan, 2011,208 pages

Correspondance Polémia – 8/02/2012

Image : Angela Merkel et le premier ministre chinois Wen Jiabao

Antoine Brunet

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