Rubrique : Médiathèque / A La Une


Le : 20 Mai 2012

« Le Sanspapiérisme : Où sont les papiers des sans-papiers ? Anatomie d'une manipulation » de Luc Gaffié

Que fera le ministre de l’Intérieur Manuel Valls face au « sans-papiérisme » ? Rien. Comment, de délinquants, les clandestins rebaptisés « sans-papiers » sont-ils devenus des « figures christiques » et donc intouchables ? C’est cette « manipulation » ourdie par les associations humanitaires et les médias bizarrement alliés au grand patronat, voire carrément téléguidés et financés par lui, qu’analyse Luc Gaffié dans un essai, rageur mais nourri de faits et de chiffres, sous-titré Anatomie d’une manipulation et publié en Suisse. A croire que la vérité n’a plus droit de cité en France.

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 « L'immigration reste à l'Intérieur », faisait savoir dès le 17 mai Manuel Valls après avoir récupéré le domaine dévolu en novembre 2009 par Nicolas Sarkozy à Brice Hortefeux – initiative qui avait d’ailleurs fait hurler le PS dont un député parisien, Sandrine Mazetier, avait aussitôt accusé le gouvernement Fillon de « faire un lien entre immigration et insécurité ».

Contre les « appels d’air »

En octobre 2011, lors de la campagne des primaires socialistes (à l’issue desquelles il devait réunir 6,6% des voix), le futur ministre de l’Intérieur avait pris des positions assez fermes dans une contribution destinée, il est vrai, aux socialistes alsaciens, qui ne sont pas les plus à gauche : « […] Notre modèle d’intégration subit de sérieux revers depuis une trentaine d’années […] Il est donc nécessaire de sortir d’un discours dogmatique et compassionnel pour construire les bases d’une politique de gauche efficace en matière d’immigration. […] Comme l’expliquait Michel Rocard dès 1990, « la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde ». […] Les mesures en faveur de l’accueil des populations d’origine immigrée doivent s’accompagner de dispositifs tendant à mieux encadrer les flux migratoires […] Il est d’abord indispensable de renoncer au principe de la régularisation systématique porté par certaines associations. Ce genre de mesures crée des « appels d’air » qui condamnent ceux qui les prennent à vouloir vider le Tonneau des Danaïdes […] Trop longtemps, en matière d’immigration, la gauche s’est trouvée ballottée entre le discours de la droite et celui des associations […], il est grand temps que la gauche pose enfin les bases de sa propre politique en ce domaine. C’est en surmontant ce genre de défis qu’elle parviendra à convaincre nos concitoyens de sa capacité à se rénover (1). »

Le Grand Bazar de la (fausse) Charité

A supposer qu’il garde son portefeuille après le 17 juin, on verra si le ministre osera « surmonter » son propre défi en s’attaquant au fléau du « sans-papiérisme » si justement dénoncé par Luc Gaffié dans son essai. Car c’est bien d’une manipulation, gigantesque et multiforme, qu’il s’agit, visant à aveugler et à culpabiliser les opinions occidentales en général et l’opinion française en particulier afin de leur faire mieux accepter ce que Valéry Giscard d’Estaing avait désigné, hélas trop tardivement puisqu’il n’était plus « aux affaires », comme l’immigration-invasion.

Il faut d’abord rappeler, comme le fait l’auteur, bon connaisseur des Etats-Unis (2), que le terme « sans-papiers » est une traduction servile du terme américain undocumented qui a supplanté l’expression illegal workers, ou clandestins, jugée « stigmatisante » par les bons apôtres alors même que, « contrairement aux sans-famille qui n’ont pas de famille et aux sans-abri qui n’ont pas de maison, les sans-papiers ont des papiers ». Et qu’importe qu’ils les aient souvent volontairement détruits pour dissimuler leur nationalité réelle et échapper ainsi à toute velléité d’expulsion vers leur terre natale, ou se présenter indûment comme des réfugiés d’un pays voisin effectivement en guerre ! Cette notion de « sans » les fait passer de la condition de délinquants à celle de victimes, voire de « figures christiques » auxquelles une charité subvertie commande d’ouvrir grand sa porte.

Razzia sur les préfectures

Au demeurant, ces soi-disant sans-papiers, si sûrs de l’impunité à eux garantie par les « assoces » qu’ils n’hésitent pas à multiplier les manifestations revendicatives, ne le restent pas longtemps : soit qu’ils obtiennent l’asile politique ou leur régularisation (prélude à la naturalisation : + 15% de néo-Français entre 2009 et 2010, merci Sarkozy !), soit qu’ils se procurent des papiers par des voies illicites. Luc Gaffié pointe ainsi ce phénomène « si français » sur lequel nos gouvernements successifs « se sont évertués à brouiller les pistes » : il rappelle, par exemple, « l’importance du vol de papiers d’identité vierges » de la sous-préfecture de Carpentras pillée par des « individus » le 2 novembre 2005.

Cette razzia spectaculaire « s’inscrivait dans une très longue liste de fourgons transportant des papiers d’identité vierges attaqués par de véritables commandos lourdement armés », aussi bien dans les Hauts-de-Seine que dans les Bouches-du-Rhône, les imprimeries spécialisées « dans la fourniture d’encre et de matériel servant à plastifier les cartes d’identité » n’étant pas épargnées. En outre, ajoute Luc Gaffié, « au chiffre des vrais documents d’identité volés et falsifiés il faut rapporter celui des faux papiers, plus nombreux encore et souvent d’excellente qualité, fabriqués à l’étranger ». C’est souvent le cas des fausses cartes Vitale et des trois millions de faux permis de conduire en circulation, comme le signalait en novembre dernier le Réso-Club, association d'experts de la fraude identitaire qui, ayant passé au crible un million de documents, indiquait au surplus qu’en 2010, « pas moins de 25.000 aigrefins ont usurpé une identité dans l'espoir de piéger un organisme financier ».

Astronomique coût financier… et politique

Tout cela a un coût, qui ne se retrouve pas seulement dans les urnes – celles de Vaulx-en-Velin, par exemple, où près de 72% des électeurs, peut-être inscrits sur les listes électorales grâce à de faux papiers, ont voté pour François Hollande. « En 2008, nous dit encore Luc Gaffié, le CREDOC estimait le coût de l’usurpation d’identité pour la collectivité à 3,874 milliards d’euros par an, avec d’énormes dégâts dans les caisses de l’assurance-maladie et dans la caisse des allocations familiales ». Mais « personne n’a jamais filmé en gros plan le trou de la Sécurité sociale, personne ne peut lire la détresse sur le visage des finances publiques »… auxquelles, précise notre auteur, le crime et la délinquance, qui se sont développés au rythme des flux migratoires, « ont coûté 115 milliards d’euros de juillet 2008 à juin 2009, autant que l’Education nationale ou le système hospitalier ».

Les autorités morales, laquais du grand capital

Qui dira jamais le rôle des associations dites humanitaires et de ceux que Luc Gaffié appelle « les journalistes du Bien » dans l’occultation de ces réalités et l’impuissance imposée aux gouvernements par les autoproclamées « autorités morales » ? Mais, au-delà, la plus écrasante responsabilité incombe au pouvoir capitalistique.

C’était l’une des idées-forces de la dernière publication de Polémia, Les médias en servitude (3) où était souligné le rôle moteur joué par le géant du BTP Francis Bouygues puis par la patronne du Medef (et de l’institut de sondages IFOP) Laurence Parisot dans la promotion de l’immigration, contrôlée ou non, comme inestimable facteur de croissance économique pour la France et de mieux-vivre pour les « de souche ». Luc Gaffié insiste, lui aussi, sur l’esprit de lucre des « milieux patronaux […] qui ne cessent de prétendre que les clandestins sont indispensables pour occuper les emplois dont les citoyens ne veulent pas » ; il cite le cas du « puissant lobby immigrationniste américain, d’origine essentiellement patronale », qui « excelle à se dissimuler derrière l’action de multiples associations qu’il subventionne avec largesse et sous un torrent de discours compatissants et généreux, d’images émouvantes et de postures vertueuses ». De leur côté, les opposants à cette folle politique font l’objet d’une « reductio ad Hitlerum », selon la formule du philosophe Leo Strauss. Mais il en va exactement de même en France où Luc Gaffié, qui parle de « reductio ad Lepenum », aurait pu citer à l’appui de sa thèse Louis Schweitzer : l’ex-président de la défunte HALDE, ce ploutocrate, noyait les immigrés et surtout les clandestins sous un tsunami de lait de la tendresse humaine alors qu’il émargeait aux conseils d’administration de la plupart des entreprises du CAC 40 et du Dow Jones, toutes avides de main-d’œuvre à prix cassé (voir Les médias en servitude).

Jusqu’à présent, l’alliance infernale du Gros Argent et des « Forces du Bien » a fait reculer tous nos présidents. C’est dire que le ministre Valls aura bien du mal à réaliser en 2012, fût-ce en partie, le plan que se fixait le candidat Valls en 2011. Mais y croyait-il vraiment lui-même ? Dans une récente interview à Paris-Match, le nouveau ministre de l’Intérieur se félicitait d’avoir pu s’entretenir à New York avec l’ancien premier ministre espagnol Felipe Gonzalez, « son idole ». Etrange référence : c’est sous Gonzalez, politicien socialiste mais tout dévoué au grand patronat ibérique, que s’est développée la Reconquista de l’Espagne par près de deux millions de Maures, dont la présence pose aujourd’hui tant de problèmes dans un pays en plein marasme économique, sinistré par le chômage.

Claude Lorne
18/05/2012

Luc Gaffié, Le Sanspapiérisme : où sont les papiers des sans-papiers ? Anatomie d’une manipulation, Editions Xenia, collection Franchises, mars 2012, 128 pages.

Notes :

(1) Accueil PS Guebwiller
(2) Luc Gaffié est l’auteur de
Jack Kerouac : The New Picaroon, Postillon Press, 1977, 77 pages et de Les Idées du conservatisme américain, New Forums Press, Inc, Stillwater, 1990, 254 pages, publiés aux Etats-Unis.
(3) Dernière publication de Polémia :
Les médias en servitude. Disponible gratuitement sur Internet (cliquer
ici)  ou au prix de 10€ (15€ franco) à Polémia, 60 ter rue Jean-Jacques Rousseau, 92500 Rueil-Malmaison.

Correspondance Polémia – 20/05/2012

Image : 1re de couverture

Claude Lorne

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