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Le : 14 Juin 2012

L'Espagne, du « miracle » à la crise : Entretien avec l'un des plus célèbres économistes espagnols, Juan Velarde Fuertes.

Arnaud Imatz, spécialiste de la Péninsule ibérique, a adressé à Polémia cet entretien qu’il a réalisé avec l’économiste espagnol Juan Velarde Fuertes. A lire avec attention pour comprendre les difficultés de ce grand pays voisin de la France. A l’origine des difficultés, on retiendra en particulier les faiblesses de l’industrie, les erreurs de la politique énergétique, les folies immobilières et les déficits irresponsables des « communautés autonomes », avec pour conséquence un fort déficit de la balance des opérations courantes dont Juan Velarde Fuertes souligne toute l’importance. Des réflexions à méditer.

Polémia

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Le dimanche 10 juin 2012, avec une évidente satisfaction, le premier ministre conservateur, Mariano Rajoy, annonçait à la presse l’obtention d’une aide financière de l’Union européenne (plus de 100 milliards d’euros) pour redresser le système bancaire espagnol. Au mois de mai dernier, les difficultés de l’Espagne s’étaient soudainement aggravées. Depuis, de nombreux économistes espagnols, dont l’un des plus prestigieux, le professeur Juan Velarde Fuertes (1), ne cessaient de renouveler les avertissements. Sans mâcher ses mots, ce dernier en appelait encore il y a quelques jours au courage et à la responsabilité de son gouvernement : « En Espagne il y a eu d’abord un excès de la dette privée et ensuite un excès de la dette publique. La responsabilité est la nôtre. Nous ne pouvons accuser ni les marchés ni les autres pays » (2). Dans l’entretien qui suit, le professeur Velarde Fuertes explique en quoi la situation de l’Espagne est distincte de celle des autres pays d’Europe et comment la terrible crise économique qui l’a frappée en 2008 a mis fin à un demi-siècle de développement économique, d’abord, initié dans les années 1960, puis, prolongé après l’adhésion à la CEE en 1985. Son constat est sans concessions.

Arnaud Imatz : En 2008, quelques financiers anglo-saxons ont inventé l’acronyme péjoratif PIGS ou PIIGS pour désigner les pays d’Europe confrontés aux formes les plus sévères de la crise financière. En quoi la situation de ces cinq pays [Portugal, Italie, Irlande, Grèce et Espagne (Spain)] se ressemble-t-elle et en quoi diffère-t-elle des autres membres de l’Union européenne ?

Juan Velarde Fuertes : C’est effectivement il y a quelques années que « PIIGS » est apparu dans le lexique financier international. Par la suite, devant la nette récupération de l’Irlande, il a fallu éliminer un I. A vrai dire, plusieurs pays, à commencer par la Grande-Bretagne et la Belgique, ont des données macroéconomiques qui pourraient leur valoir de figurer dans ce groupe. Il en est de même de la France en raison de son formidable déficit de la balance des opérations courantes. Parmi ces pays, il est évident que la Grèce et le Portugal sont dans des situations très difficiles et que l’Italie dépasse largement l’Espagne en inégalités de revenus et en indice de perception de la corruption. Est-ce à dire pour autant qu’au sein de la zone méditerranéenne (à l’exclusion de la France) les indices économiques habituels permettent d’affirmer que l’Espagne est dans une meilleure situation que le Portugal et la Grèce voire que l’Italie ? On peut en débattre. En fait, les PIB par habitants de l’Italie et de l’Espagne sont sensiblement les mêmes, mais ils demeurent inférieurs à ceux du grand bloc franco-allemand et du Benelux. A l’inverse, l’Espagne présente un meilleur panorama que pratiquement tous les pays d’Europe orientale, qui sont membres de l’UE depuis la désarticulation du Pacte de Varsovie, la fin de la Guerre froide et la déroute de l’Union soviétique. Soulignons immédiatement que l’abandon par l’Espagne de ce qu’on pourrait appeler le « modèle énergétique français », avec une place essentielle du nucléaire, décision prise de manière radicale à partir de 1982, a rendu impossible l’accès à une énergie à bon marché. Et sans elle, le développement économique de mon pays est devenu très difficile.

AI : Dans les années 1960, après 70 ans de « nationalisme économique », plusieurs secteurs de l’économie espagnole sont devenus les moteurs du développement : le tourisme, les produits horto-fruitiers, la construction et l’automobile. Quelles furent les raisons du « miracle espagnol » de 1960 à 1974, brusquement interrompu par le choc pétrolier de 1974 ? Quels furent, dix ans plus tard, les facteurs déterminants de la reprise et de la poursuite de l’expansion pendant les années 1985-2007 ?

JVF : Le miracle espagnol de 1960 à 1974 s’explique d’abord par les prix bas du pétrole et de ses dérivés, qui constituaient, en 1973, 75% de la consommation d’énergie primaire. La forte croissance des prix du pétrole frappa immédiatement l’économie espagnole qui avait parié en faveur des hydrocarbures. Grâce à une série de réformes, très dures, en matière de salaires réels et d’équilibres du secteur public, on aurait pu penser que cette phase serait dépassée. Mais au lendemain de l’ouverture de l’économie espagnole on a commis l’erreur de se désintéresser du déficit commercial. La substitution du secteur industriel par celui des services et de la construction s’est produite alors. En 2003, le secteur de la construction représentait 9% du PIB. En 2007, année de l’expansion maximale de l’économie espagnole, il était monté à 10,7%. A l’inverse, l’ensemble du secteur industriel constituait 14,7% du PIB en 2003 et 13,2% en 2007. La spéculation immobilière a été à l’évidence l’un des facteurs déterminants du coup d’arrêt de l’expansion. Mais l’autre cause a été le déficit du compte courant. Il a obligé à s’endetter à l’extérieur, en transférant les dettes des entreprises non financières et celles des économies domestiques. Ces dettes extérieures ont découlé du fait que l’inflation espagnole convertissait les taux d’intérêt de la Banque centrale européenne de positifs en négatifs au moment même où l’équilibre de l’économie nationale exigeait une hausse des taux d’intérêt pour enrayer l’inflation.

AI : En 1975, à la mort de Franco, quelle était la situation de l’Espagne par rapport à celle des pays membres de la Communauté économique européenne ?

JVF : En 1959, année de la décision de transformer le système productif espagnol au moyen du « Plan de stabilisation », le PIB espagnol par habitant s’élevait à 42,5% de celui de l’ensemble des 12 pays européens les plus prospères (Allemagne, Autriche, Belgique, Danemark, Finlande, France, Hollande, Italie, Norvège, Royaume-Uni, Suède et Suisse). En 1975, à la mort de Franco, il était passé à 68,3%.

Pendant toute cette étape, le développement avait été extrêmement fort. L’économiste américain Angus Madison, pour ne citer que lui, a montré qu’entre 1961 et 1975 la croissance annuelle du PIB espagnol a oscillé entre 3,5% et 12,8%.

AI : A la veille de la crise internationale de 2008, après plus de trente ans de démocratie parlementaire et d’alternance de gouvernements libéraux-conservateurs et socialistes, quelle était la situation de l’Espagne au regard des autres pays de l’UE ?

JVF : L’UE avait beaucoup changé en 2008. Il en résulte qu’à cette date les chiffres ne sont plus vraiment comparables. Mais on peut cependant apprécier la situation de l’Espagne par rapport à celle de quelques pays de l’UE, entre 1975 et 2007. Disons, en résumé, que dans cette période l’Espagne s’est rapprochée de l’Allemagne, de la France, de la Hollande et de l’Italie et s’est séparée de l’Autriche, du Danemark, de la Finlande et du Royaume-Uni.

AI : De l’avis de tous, l’économie espagnole souffre de faiblesses et de maux graves. Les spécialistes ont pour habitude de citer en vrac : le manque de compétitivité, la détérioration de la productivité par rapport aux autres pays, la rigidité du marché du travail, le taux élevé de chômage, le coût excessif des sources d’énergie, le système financier affecté par l’irrationalité du crédit au secteur immobilier, le déficit public considérable, la pléthore de fonctionnaires, enfin, le gaspillage de l’argent public en raison notamment d’une mauvaise gestion de la part de certaines autonomies régionales. Qu’en est-il exactement ?

JVF : Vous avez fait un bon énoncé. Dans cette liste se trouvent les causes de la faiblesse de l’économie espagnole. Cette combinaison de situations conflictuelles s’est fortement aggravée à partir de 2004, avec le remplacement du modèle « Aznar-Rato » (respectivement chef du gouvernement et ministre des Finances) par celui de Rodriguez Zapatero, et cela malgré les avertissements de pratiquement tous les économistes espagnols.

AI : Est-ce à dire que l’Espagne, qui a été fortement affectée par la crise internationale provoquée par les hypothèques « subprimes » des Etats-Unis, aurait pu éviter ou au moins mieux maîtriser sa crise si les gouvernements de Madrid avaient suivi d’autres politiques ?

JVF : Bien sûr ! La preuve en est que la crise internationale de 1992 n’a pratiquement pas affecté l’économie espagnole en raison d’une réaction économique adéquate qui tenait compte des réalités citées dans votre question précédente.

AI : Quelles ont été les principales réussites et erreurs commises par les gouvernements du conservateur José María Aznar (1996-2004) et du socialiste José Luis Rodríguez Zapatero (2004-2011) ? Quelle est leur part de responsabilité dans la crise espagnole ?

JVF :Le principal succès du gouvernement Aznar a été de mettre de l’ordre dans nos chiffres macroéconomiques en liquidant le déficit du secteur public et en amorçant une politique de forte récupération économique. L’erreur majeure, qui aurait peut-être pu être rectifiée, fut le déficit du secteur extérieur, l’absence de décision en matière d’énergie nucléaire, qui impliquait des coûts très élevés, et l’arrêt, en raison des menaces de grève générale, d’une politique de rectification en profondeur des rigidités du marché du travail. Mais dans l’ensemble, les avantages l’emportèrent sur les inconvénients, et l’Espagne progressa fortement dans le domaine économique. Entre 1996, dernière année de la présidence du socialiste Felipe González, et 2003, dernière année de l’administration Aznar, le PIB par habitant (en pouvoir d’achat constant) a augmenté chaque année significativement en moyenne de 5 à 6%.

J’avais annoncé l’existence de sérieux problèmes de notre économie dès l’année 2003, en soulignant la croissance excessive du secteur de la construction et le déficit de la balance des paiements. Aznar avait réussi à freiner fortement ce déficit jusqu’en 1999. Mais par la suite, de 2000 à 2003, il le laissa augmenter. C’est un motif de critiquer sa gestion. Cela dit, à partir de l’arrivée au pouvoir de Rodriguez Zapatero, en 2004, ce déficit s’est accru de façon impressionnante. Il en est résulté forcément une crise économique très forte qui s’est logiquement aggravée lorsqu’elle s’est combinée avec la crise internationale générée en premier lieu par les titres pourris des Etats-Unis. Pour prendre la mesure de cette dégradation du déficit, il faut rappeler que selon la Banque d’Espagne le solde de la balance des opérations courantes en pourcentage du PIB était de -9,0% en 2006, -10% en 2007 et -9,6% en 2008.

La légère amélioration de 2009 (-5,5%) et de 2010 (-4,5%) s’explique par le fait que la forte crise a diminué les importations et a conduit les entrepreneurs à faire un effort particulier pour exporter faute de marché intérieur. Mais pour avoir une image plus complète, il faut ajouter, à l’énorme déficit public de l’administration Zapatero, la chute du PIB, de 2007 à 2010, qui est passé de 100 à 94,6, et l’augmentation du nombre de chômeurs, – 23,1% de la population active en 2012 – et cela malgré les déficits considérables du secteur public qui atteignirent 11,1% du PIB en 2009. Soulignons un point important : si l’on se réfère aux séries annuelles du solde de la balance des opérations courantes et du PIB, qui existent depuis 1850, on constate que jamais de tels pourcentages n’avaient été atteints. On a l’impression qu’on a essayé d’arrêter la crise avec les recettes d’un keynésianisme vulgaire, mais naturellement, sans y parvenir.

AI : Quelles sont les mesures indispensables que doivent prendre les autorités espagnoles pour sortir de la crise ? Le gouvernement du libéral-conservateur Mariano Rajoy, qui a été nommé à la présidence le 21 décembre 2011, est-il sur la bonne voie ?

JVF : Il faut avant tout combler deux déficits fondamentaux : d’une part, celui du secteur public et, d’autre part, celui de la compétitivité extérieure. Des mesures ont été adoptées dans ces deux domaines dès les premiers mois de l’administration Rajoy. Je considère qu’elles vont dans le bon sens dans la mesure où elles visent à freiner le déficit des administrations autonomes, source essentielle du déficit, à flexibiliser le marché du travail et à s’orienter vers le nucléaire pour baisser le prix de l’énergie.

AI : Beaucoup d’experts économiques déplorent que la création de l’euro ait été faite sans budget fédéral capable d’assurer des transferts et des investissements dans les Etats qui en ont le plus besoin. La monnaie unique, disent-ils, a freiné la croissance en particulier celle des pays méditerranéens et les a obligés à suivre des politiques d’endettements publics catastrophiques. Au lieu de réduire les divergences entre les économies de la zone euro, la monnaie unique a conduit à les aggraver. Les autorités politiques ont en outre commis la double erreur d’interdire à la Banque centrale européenne de prêter aux Etats et de les obliger d’emprunter auprès des établissements privés à des taux d’intérêt très élevés. Selon eux, la solution serait soit l’abandon pur et simple de l’euro, soit son remplacement par une monnaie commune et non plus unique (tel l’Ecu d’hier). Qu’en pensez-vous ?

JVF : L’abandon de l’euro entraînerait une telle émigration des capitaux vers d’autres monnaies, il soulèverait une telle quantité de tensions sur le marché financier international, que son remplacement entraînerait des maux supérieurs au maintien. Ce que les économies de la zone doivent accepter c’est une politique fiscale très homogène. La solution va dans ce sens et non pas dans celui de la substitution.

AI : Ceux qui ne croient plus en la loi des avantages comparatifs, à l’autorégulation spontanée des marchés et au dogme du libre-échange bénéfique pour tous les peuples, semblent de plus en plus nombreux. La majorité des populations sondées dans les pays de l’UE et une partie non négligeable des élites, estiment que la sauvegarde de l’Europe et la fin de la crise économique passe par le retour au protectionnisme, par la remise à niveau des droits de douane, la restriction des flux financiers (non pas des flux de marchandises), la fin des délocalisations massives, la maîtrise des flux migratoires et, plus généralement, la démondialisation. Quel est votre opinion sur le protectionnisme non pas comme fin mais comme moyen de régulation des économies du grand espace européen ?

JVF : L’économiste américain Charles P. Kindleberger a montré comment le phénomène de la spirale de contraction économique s’est produit lors de la Grande Dépression de 1929. Le protectionnisme a fini par entraîner une formidable implosion économique. Cette tentation est à nouveau très forte et le risque est d’autant plus grand d’augmenter la catastrophe. Je sais qu’elle a d’importants défenseurs en France. Mais pour ma part, je crois que le protectionnisme n’a jamais été à l’origine d’un développement important pour une communauté de pays.

AI : Vous êtes un spécialiste de l’histoire des idées économiques et des différentes écoles de pensée, à commencer par celle des fondateurs si souvent ignorés de la science économique moderne que furent les grands maîtres de l’Ecole de Salamanque (Vitoria, Suarez, Azpilicueta, Cano, Covarrubias, Medina, Mercado, Molina, etc.). Au début des années 1960, vous avez été le témoin des polémiques entre partisans du laisser-faire (Ludwig von Mises, Friedrich Hayek) et défenseurs de l’ordolibéralisme (Walter Eucken, Wilhelm Röpke) au sein de la très libérale Société du Mont-Pèlerin. Vous avez ensuite assisté et contribué à l’ouverture de votre pays sur l’extérieur. Au regard de votre expérience et de vos connaissances, considérez-vous que la crise de 2007-2008 est le résultat de dysfonctionnements des marchés, la conséquence inéluctable de cycles économiques ou la réalisation d’un risque « systémique » inhérent au « capitalisme historique » tel qu’il s’est développé depuis plus de vingt ans ?

JVF : A mon sens, la crise de 2007-2008, dans laquelle nous nous débattons, a deux aspects : le premier est une politique financière lamentable des Etats-Unis ; le second est l’abandon par l’Europe de la ligne Aristide Briand, qui, dès 1930, avait souligné dans le Mémorandum sur l’organisation d’un régime d’union fédérale européenne, que sans une forte unité politique les risques de n’importe quelle union économique seraient certains. Plusieurs pays méditerranéens se sont lancés dans une série de politiques économiques radicalement erronées, avec des doses d’endettement gigantesques, difficilement supportables pour le reste de l’Europe qui est créancière. A mon avis, cette crise tient à une accumulation d’erreurs commises à des degrés divers depuis les Etats-Unis jusqu’à la Grèce. Toutes sont imbriquées et se cumulent. Il n’y a pas là de cycles économiques inexorables, lesquels d’ailleurs, comme l’a montré Schumpeter, passent par d’autres voies.

AI : Quelles réflexions suscitent chez vous la surprenante redécouverte de pensées économiques qui, dans un passé encore récent, étaient jugées « politiquement incorrectes » ? Je me réfère ici non pas aux chantres de l’interventionnisme bureaucratique ou de l’ « anticapitalisme » viscéral, ni même aux keynésiens si appréciés des fascistes de l’entre-deux-guerres et des sociaux-démocrates de l’après-guerre, mais aux économistes qui dénoncent les excès du « laisser-faire » et considèrent que sans un cadre juridique, politique et moral solide le libéralisme économique dégénère et cesse de fonctionner. Je me réfère donc à ces nombreux auteurs dont les œuvres contiennent des éléments d’un programme de troisième voie, tels Sismondi, List, Le Play, Carey, Hamilton, Chesterton, Belloc, aux catholiques sociaux, à l’école de Fribourg et de Cologne, à Wilhelm Röpke, à Jacques Rueff ou au dissident libéral Maurice Allais…

JVF : Il me semble que l’approche de l’école de Fribourg, avec Eucken à sa tête, montre bien ce que devrait être la relation entre le marché libre et les décisions interventionnistes nécessaires de l’Etat. Evidemment le keynésianisme vulgaire, qui était tellement présent dans le national-socialisme [n’oublions pas la fameuse phrase de Keynes dans le prologue de la traduction allemande de La Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie (1936) : « La théorie de la production agrégée dont traite ce livre peut cependant s’adapter beaucoup plus facilement aux conditions d’un Etat totalitaire que la théorie de la production et de la distribution d’une production donnée menée à bien dans des conditions de libre concurrence et de laisser-faire »] et qui ensuite imprégna l’idéal social-démocrate en se substituant à Marx, est une voie erronée. Mais, en revanche, il est évidemment plus difficile de critiquer à fond les messages du prix Nobel, Maurice Allais, ceux de Jacques Rueff ou ceux de l’économie française renaissante avec ses plans, ou encore ceux de Wilhelm Röpke, si proche de l’Ecole allemande de Fribourg.

AI : Dans une conjoncture de récession ou de croissance très réduite, les pays européens, très affaiblis par la crise, ne peuvent espérer retrouver l’équilibre budgétaire en recourant seulement aux compressions des dépenses publiques et aux relèvements des impôts. Combien de temps et de sacrifices faudra-t-il pour que l’Espagne et plus généralement l’Europe puissent sortir de la crise ?

JVF : Honnêtement, je crois que les premiers symptômes de la fin de la dépression n’apparaîtront pas avant 2014, et cela si on prend sérieusement des mesures adéquates. Mais le retour aux étapes de forte croissance nécessitera au moins deux ans de plus. Et cela, j’insiste, seulement si les mesures adoptées sont adéquates et si les populations – tout particulièrement en Espagne – acceptent les sacrifices immédiats qui sont nécessaires.

Arnaud Imatz
Entretien avec Juan Velarde Fuertes ,
Juin 2012

Notes :

1. Spécialiste des pays ibéro-américains, ancien recteur de l’Université hispano-américaine Santa María de la Rabida (Séville), Juan Velarde Fuertes a enseigné l’économie à l’Université de Barcelone, à l’Université Complutense de Madrid et à l’Université Pontificia de Comillas. Conseiller à la Cour des comptes, il est membre de l’Académie royale des sciences morales et politiques et membre de l’Académie européenne des sciences et des arts. Il a reçu les prix Príncipe de Asturias de sciences sociales, en 1992, et Jaime I d’économie, en 1996. Il est l’auteur de centaines d’articles et de plus de trente livres dont Cien años de economía española (Cent ans d’économie espagnole), Madrid, Encuentro, 2009.
2.
España en suma dificultad, www.libremercado.com, 15.05.2012.

Correspondance Polémia – 14/06/2012

Image : l’Université Pontificia de Cornillas où enseigna, entre autres lieux, Juan Velarde Fuertes

Arnaud Imatz

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