Rubrique : Europe / A La Une


Le : 13 Aôut 2012

Un ministre de l'économie brésilien pour un démontage de l'euro

Les vicissitudes financières, budgétaires et économiques rencontrées par les Etats appartenant à l’Union européenne et plus particulièrement à la zone euro ne désarment pas, bien au contraire, les chauds partisans de la liquidation de l’euro. Leur club, pour qui la seule solution possible pour sortir la zone euro de la crise est purement et simplement de mettre fin à l’euro, vient de compter un nouveau membre, en la personne de l’économiste Luiz Carlos Bresser-Pereira, ancien ministre des finances du Brésil. Admirateur de la construction européenne, ce dernier suggère néanmoins, dans un entretien accordé au Monde, de revenir aux monnaies nationales, le temps de mieux reconstruire à long terme la monnaie unique.
Laurent Pinsolle, dont on lira ci-après les commentaires, reprend les arguments principaux de Bresser-Pereira, tout en étant parfois d’un avis contraire. Polémia a jugé intéressant de livrer cette analyse à ses lecteurs et de leur signaler, in fine, deux articles où, sans trop chercher, on pourrait trouver quelques indices annonçant une révolution politico-culturelle de l’UE. (The Economist, qui analyse les options qui se présentent à la chancelière allemande, n’a-t-il pas écrit le 11/08/2012: « Pour autant qu'on sache, Angela Merkel est en train de réfléchir aux moyens de dissoudre l’euro ».)

Polémia

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Plus un ! De plus en plus d’économistes prennent position pour un démontage de la monnaie unique européenne. C’est au tour de l’ancien ministre des finances du Brésil, Luiz Carlos Bresser-Pereira, plusieurs fois en poste dans les années 1980 et 1990 dans un entretien au Monde.

L’euro vu d’Amérique du Sud

Comme Jacques Sapir, l’ancien ministre attribue aux déséquilibres des balances des paiements la cause de la crise de la zone euro. Il dénonce « la doctrine libérale voulant que le secteur privé soit toujours équilibré par le marché ». Pour lui, « cela a abouti à une crise de taux de change interne à la zone euro, avec un euro surévalué pour les pays aujourd’hui en difficulté ». Il souligne la responsabilité de la baisse du coût du travail en Allemagne et de la bulle financière ailleurs.

Pour lui, « l’euro est devenu une monnaie étrangère pour un grand nombre de nations de l’Union monétaire. Il n’y a rien de pire que d’être endetté dans une monnaie étrangère. Dans le cas inverse, votre souveraineté peut être préservée, principalement en dévaluant votre monnaie ». Selon l’ancien ministre, « la croissance ne résoudrait pas les problèmes de taux de change affectant certains pays » et « l’austérité est une façon très injuste de résoudre la crise ».

Il conclut que « la voie la plus sage est de mettre fin à l’euro de façon bien planifiée », comme dans la tribune cosignée fin décembre. Pour lui, « l’euro était trop ambitieux », « une monnaie commune ne peut exister que dans un Etat fédéral (…) si vous persistez à maintenir en vie l’euro, la probabilité de le voir s’effondrer de façon incontrôlée grossit de jour en jour (…) Croire que l’extinction de l’euro marquerait la fin de l’Union Européenne est absurde. Elle marchait très bien avant ».

Les euro-sceptiques monétaires

Ce qui est intéressant dans cette opinion, c’est qu’il s’agit d’une personne qui admire la construction européenne. Malgré tout, il reste même favorable à une monnaie unique européenne, mais pour lui, le temps n’est pas venu. Il est trop tôt. Pour lui, « une devise commune doit rester le but de la construction européenne ». Même si je ne suis pas d’accord avec lui sur ce point, il est intéressant de noter que cette opinion n’émane pas d’un anti-européen farouche…

Cette opinion rejoint celle de Paul Krugman, qui consacre tout un chapitre sur la question européenne dans son nouveau livre, qui devrait sortir en septembre en version française. Le « prix Nobel d’économie » 2008 émet un jugement extrêmement sévère sur l’unification monétaire européenne, soulignant que c’est bien cette unification qui a directement provoqué la crise que nous traversons depuis 2010, et non pas les dettes souveraines, comme le répètent les perroquets austéritaires.

Malgré tout, il faut être honnête, Paul Krugman n’en est pas à appeler à un démontage de la monnaie unique européenne. Mais ce livre constitue une charge extrêmement solide et structurée contre l’UEM qui peut être une étape vers une position plus forte. En ce sens, ses positions rappellent celles de Joseph Stiglitz ou Patrick Artus, qui fournissent énormément d’arguments aux opposants de la monnaie unique européenne, sans pour autant oser franchir le Rubicon.

Merci donc à Luiz Carlos Bresser-Pereira qui s’ajoute à la longue liste des économistes sérieux qui disent qu’il faut démonter cette monnaie unique européenne qui ne fonctionne pas. Et merci au Monde d’avoir ouvert ses pages à un avis qui va pourtant contre sa ligne éditoriale.

Laurent Pinsolle
Blog gaulliste libre
8/08/2012

A lire aussi :

Le Vietnam de l’Europe 
Oui, l’euro est mortel 

Correspondance Polémia - 13/08/2012

Image : Luiz Carlos Bresser-Pereira

Laurent Pinsolle

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