Rubrique : Géopolitique / A La Une


Le : 17 Octobre 2012

Président sur le front

Selon le ministre de la défense, Jean-Yves Le Drian, une intervention militaire internationale au Mali serait une « question de semaines ». L’Union européenne devrait contribuer au rétablissement de l’armée malienne. Il ne reste plus aux pays de l’Ouest africain qui ont reçu mandat de l’ONU qu’à s’organiser : ils ont quarante-cinq jours. Quel sera le mode d’intervention de la France ? Un soutien strictement logistique ou, au pire, un transfert de ses troupes de l’Afghanistan à l’Afrique ?
Cette « aventure extérieure », comme la désigne le président Hollande, ne serait-elle pas plus simplement un dérivatif, comme le suggère Françoise Fressoz, éditorialiste au Monde ?

Polémia

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C’est la même guerre à l’intérieur des frontières comme à l’extérieur : la guerre contre les réseaux terroristes, contre la drogue, contre l’islamisme radical.

« Quand un territoire grand comme la France est occupé par des groupes terroristes, alors nous sommes devant une menace qui concerne l’ensemble du monde », avait averti François Hollande à la tribune des Nations unies fin septembre à propos du Mali. Depuis, la France se prépare à la guerre.

Elle s’active pour favoriser la mise en place d’une force africaine capable d’intervenir dans le nord du Mali où sévit notamment Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI). Cela s’annonce long, compliqué, incertain et risqué mais une détermination est affirmée et aussi un dessein : débarrasser l'Afrique, « continent du futur, continent en développement, du terrorisme financé par l’argent de la drogue », comme l’explique Laurent Fabius, le ministre des affaires étrangères. Simultanément, sur le territoire français, la lutte contre les réseaux islamistes est soigneusement mise en scène sous l’égide du ministre de l’intérieur, Manuel Valls, devenu l’homme le plus populaire du gouvernement.

M. Hollande revêt ses habits de guerrier. Son langage devient martial. Exactement comme Nicolas Sarkozy qui, confronté aux mêmes difficultés intérieures, était parti en croisade contre Kadhafi tout en intensifiant en France la lutte contre le terrorisme.

Devant ses proches, le président de la République évoque « l’aventure extérieure » vers laquelle s’étaient tournés ses prédécesseurs lorsqu’ils étaient enlisés sur le front interne. La guerre comme dérivatif. La guerre pour rendre leur fierté aux Français qui doutent du rang qu’ils occupent dans une mondialisation qu’ils détestent. La guerre comme projection de la grandeur passée. La guerre pour fabriquer un peu d’unité nationale dans un pays qui se déchire. La guerre pour avoir la paix. La guerre pour tenter de construire ce « rêve français » auquel François Hollande, pas plus que Nicolas Sarkozy, n’a donné corps parce qu’il existe trop de doutes sur la capacité du pays à fabriquer de la prospérité.

C’est tout cela qui est en jeu dans le voyage africain de M. Hollande, au moment où l’autre aventure, celle de l’Europe, vire au fiasco par trop-plein de puissance allemande et excès de faiblesse française. Avec comme nouvelle illustration, la fusion EADS-BAE bloquée par l’Allemagne au moment où les députés français se résignaient à ratifier le traité budgétaire européen. Désespérant.

Françoise Fraissoz
Le Monde
13/10/2012

Correspondance Polémia – 16/10/2012

Image : la guerre au Sahel

Françoise Fressoz

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