Rubrique : Géopolitique / A La Une


Le : 30 Octobre 2012

Libye un an plus tard... Point de la situation

Les Libyens ont célébré timidement le 23 octobre le premier anniversaire de la Liberté nationale. Le « pouvoir central » de Tripoli a toutes les peines du monde à se maintenir, en butte aux différentes milices qui ont contribué à renverser Mouammar Kadhafi. L’instabilité, dans le pays – à se demander si la Libye est bien un Etat – est totale. Des affrontements ont repris entre miliciens et pro-kadhafistes qui tenaient la ville de Bani Walib – 70.000 habitants à 170 km au sud de la capitale Tripoli – dont l’accès semble toujours bloqué au grand dam des journalistes étrangers et des populations qui avaient fui les combats.
Avant de laisser la plume à Bernard Lugan qui fait le point de la situation, une petite anecdote : le gouvernement avait demandé aux autorités de Bani Walid de livrer les ravisseurs et les tortionnaires d'Omar Chaabane, un combattant rebelle qui avait participé à la capture de Mouammar Kadhafi. Or, Omar Chaabane, originaire de Misrata, est mort des suites de ses blessures dans un hôpital parisien en septembre après deux mois de captivité à Bani Walid !
Polémia

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Un an après la fin du régime du colonel Kadhafi, la Libye est coupée en trois :

  • - En Cyrénaïque où deux guerres se déroulent, les fondamentalistes musulmans dont le fief est la ville de Derna s’opposent aux « traditionalistes » rassemblés derrière les confréries soufi cependant que les partisans d’une Libye bicéphale, fédérale ou confédérale refusent l’autorité de Tripoli ;
  • - En Tripolitaine, la ville de Misrata dont est originaire le général Youssef al-Mangouch, à la fois chef de l’armée et coordinateur des milices « ralliées » au pouvoir de Tripoli, tente de prendre le contrôle de toute la région. Auréolées par la capture de l’ancien guide, ses forces viennent de s’emparer de la ville de Bani Walid, « capitale » de la tribu des Warfalla. Dans la lutte traditionnelle contre ses rivaux du sud, Misrata a donc marqué un point. Dans l’ouest de la Tripolitaine, les milices berbères (berbérophones ou arabophones) du jebel Nefusa jouent une carte clairement régionale cependant que le «pouvoir central» de Tripoli doit négocier avec les diverses milices pour tenter d’exister ;
  • - Le grand sud est devenu une zone grise où le « pouvoir », ancré sur le littoral méditerranéen n’est obéi ni des Touareg, ni des Toubou, ces derniers devant périodiquement faire face à des raids lancés contre eux par des tribus arabes.

L’attaque contre Bani Walid était destinée à conforter la domination de Misrata sur la Libye centrale tout en affaiblissant les forces de l’ouest de la Tripolitaine en faisant tomber leur « allié » warfalla. Le prétexte de ce rezzou tribal fut la mort d’Omran Ben Chaaban Osman, un des assassins du colonel Kadhafi. Blessé à Bani Walid lors d’une précédente tentative de prise de la ville par les miliciens de Misrata, il y fut fait prisonnier et longuement torturé. Finalement libéré aux termes de ténébreuses tractations, c’est aux frais du contribuable français qu’il fut transporté à Paris par avion sanitaire pour y être soigné. Il y mourut dès son arrivée.

Désormais, dépendant totalement de Misrata, la seule marge de manœuvre du « gouvernement » de Tripoli va être de louvoyer entre ses puissants soutiens et les autres milices…jusqu’au prochain épisode car les différentes composantes tribalo miliciennes de Libye sont unies dans une commune détestation des habitants de Misrata…
Dans un proche avenir nous allons assister à une crispation sur le front ouest où l’armée gouvernementale - lire les milices de Misrata -, va tenter de mettre au pas les forces du jebel Nefusa et de Zenten. Le prétexte de la guerre tribale qui s’annonce sera le sort de Seif al-Islam, le fils du colonel Kadhafi que les miliciens de l’ouest refusent de remettre aux autorités de Tripoli. Cette question sera un test permettant de mesurer le véritable rapport de force sur le terrain.

Bernard Lugan
L’Afrique réelle
24/10/12 http://bernardlugan.blogspot.fr/2012/10/libye-un-plus-tard-point-de-situation.html

Correspondance Polémia – 30/10/2012

Image : Libye - Erg de Takiumet ·

Bernard Lugan

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