Rubrique : Médiathèque


Le : 22 Octobre 2003

Le mythe du fossé Nord-Sud

À l'heure de la contestation anti-mondialisation soutenue autant par la gauche que par la droite, il serait utile de comprendre - enfin - ce qui se passe et ce qui s'est réellement passé dans les pays pauvres. Le livre d'Yves Montenay (1) donne une réponse claire et édifiante.

Lorsque Carlos Rangel a publié, dans les années 1970, ses livres majeurs (« Du bon sauvage au bon révolutionnaire », « l'Occident et le tiers-monde »), les biens-pensants de l'époque ont tout de suite crié au scandale. L'auteur, sud-américain, avait osé dire que le tiers-mondisme ambiant n'était rien d'autre qu'une idéologie marxiste et que, de surcroît, il faisait du tort aux pays concernés en les enfonçant dans la pauvreté et les dictatures. Force est de constater que trente ans après, l'idéologie tiers-mondiste est aussi répandue, sauf qu'elle prend la forme de « mouvements anti-mondialisation ». C'est pour démolir cette grille d'interprétation et démolir de nombreuses idées reçues qu'Yves Montenay publie un ouvrage remarquable qui se situe justement dans la lignée de Rangel : « Le mythe du fossé Nord-Sud ou Comment on cultive le sous-développement » (Les Belles Lettres, 2003).

L'auteur, véritable globe-trotter, a accumulé des informations sur le terrain, dans tous les coins du monde, et a pu constater ce que d'autres n'ont jamais voulu voir. Il a remarqué que, depuis cinquante ans, l'Occident s'est développé comme jamais dans son histoire et que les pays du Sud ou bien ont stagné pendant des années ou bien ont pris, pour certains, le chemin d'une véritable croissance. Mais pendant que les pays occidentaux s'enrichissent, d'autres restaient dans une grande pauvreté et étaient (ou sont) victimes des dictatures et des famines. A qui faute ? La réponse officielle, politiquement correcte, est de dire que c'est à cause de l'Occident et de la colonisation. Pourtant, cette affirmation ne résiste pas à une simple analyse des faits. La famine par exemple, n'a pas été un problème de ressources agricoles pillées par les pays riches, mais résulte de guerres civiles ou de négligences. Même aujourd'hui, les héritiers des tiers-mondistes soutiennent que si les pays du tiers-monde sont sous-développés « c'est parce que nous nous sommes développés à leurs dépens en exploitant leurs richesses ». Et ce genre de raisonnement est aussi largement utilisé dans les manuels destinés à nos enfants.

Paradoxalement, après la fin de la guerre froide et l'écroulement du communisme, le tiers-mondisme fut rapidement remplacé par l'anti-mondialisation. D'ailleurs, la pauvreté est un véritable outil de propagande pour les mouvements anti-mondialistes car, quelles qu'en soient les causes réelles, elle serait toujours provoquée par l'homme blanc et son impitoyable avidité « libérale ».

Pour faire passer cette pilule, on nous ressort à chaque fois la même rengaine : « les riches sont de plus en plus riches et les pauvres de plus en pauvres ». Les chiffres sont là et disent complément l'inverse !

Depuis environ vingt ans, la mondialisation a contribué à faire reculer la pauvreté dans 24 pays en développement qui comptent au total quelque 3 milliards d'habitants. C'est même l'ONU, dont les penchants pour le libéralisme ne sont pas très évidents, qui le dit. Yves Montenay va encore plus loin et monte, faits à l'appui, comment ce développement s'est accéléré dans les pays qui se sont débarrassés des dictatures et du socialisme. Dans la seule Afrique, nous rappelle l'auteur, l'industrie égyptienne a été ruinée, ainsi que les agricultures algériennes, guinéenne, éthiopienne, angolaise et mozambicaine, par un socialisme d'origine soviétique. Ce même socialisme est aussi à l'origine du massacre des étudiants et des enfants éthiopiens, ainsi que des cadres guinéens, dahoméens et celui du tiers de la population de la Guinée Equatoriale. C'est en Chine qu'a eu lieu, en 1961, la plus grande famine du siècle. C'est le marxiste Tsiranana qui a appauvri Madagascar et non pas l'occident capitaliste. Pour ce qui est du mythe de la colonisation coupable de l'appauvrissement, là aussi, les faits sont impitoyables. Malgré une décolonisation qui s'est terminée vers 1804, Haïti est aujourd'hui moins développé que jamais. De même, le cas du Zimbabwe est typique de la façon dont on manipule l'histoire. Ce pays a été pillé et appauvri par un dictateur, Mugabe, qui a appliqué les techniques marxisantes à une économie bien portante.

Toujours avec le souci de l'information argumentée, Yves Montenay dénonce le mythe du pillage des pays du Sud par le Nord, insiste sur le développement économique et la liberté de l'écologisme. Une véritable cure de désintoxication.


Nicolas Lecaussin
21/10/2003
in « Les 4 Vérités Hebdo » N°417


« Le mythe du fossé Nord-Sud ou comment on cultive le sous-développement » d'Yves Montenay, Les Belles Lettres 2003, 214 p. 18 €.

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